Machiavel Pop – Ce que Game Of Thrones donne à penser – Article 10/18 ( un petit bout de sagesse dans un monde violent : Tyrion)

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… Un petit bout de sagesse dans un monde violent : Tyrion

Daeyneris n’est pas la seule lumière qui éclaire ce monde obscur.

Tyrion est l’homme le plus gorgé d’empathie de toute la série, avec Snow sans doute, plus torturé. Son épreuve du désamour, en particulier du mépris violent de son père, combiné avec son sentiment de culpabilité (sa mère est morte en couches), sa culture, ont forgé ce caractère. Il s’en tire par l’ironie et l’intelligence dans ce monde d’intrigues et de bassesses. Ce qui crée un effet de distanciation parfois nécessaire à la survie. Il ne peut pas s’extraire de son destin, dépendant qu’il est de sa famille, où il doit tenir son rôle et fait figure d’exception et de marginal. Il ne peut pas imaginer de quitter son rôle. « Pour quoi faire ? jongler dans les rues ? » Comme chacun, il est prisonnier des structures.

Il arrive même que la bonté soit récompensée : l’amitié existe en ce monde cruel. Tyrion, par son humour, s’attache la sympathie d’un mercenaire surdoué qui se propose de le représenter en combat de jugement de Dieu et le sauve par sa victoire de l’exécution après son emprisonnement chez Lady Aryn, la sœur démente de Lady Stark. Il lui restera attaché. Les Maîtres doivent aussi s’attirer, par la séduction, les meilleurs serviteurs. Tyrion est un modèle d’homme sain dans un monde fou, tenu de jouer le jeu pour simplement survivre, mais cherchant sans cesse à éviter le pire, à limiter les dégâts de ses actes. S’il est héroïque lors du siège de la capitale par Stannis Baratheon, c’est pour éviter le bain de sang.

Cette ligne de conduite le plonge évidemment dans certains dilemmes. Les sarcasmes sont sa protection contre ces drames permanents. Le pouvoir n’intéresse nullement Tyrion même s’il sait mieux que la plupart des autres en assumer les charges lorsque c’est son tour d’être main du Roi. C’est le plaisir et le partage qui l’animent, l’ivresse et le sexe qui en tiennent lieu en ce monde sanglant. Tyrion est un sage, mais un sage est un fou dans un tel temps. Il est un confesseur et un être attachant qui permet parfois aux autres de donner le meilleur. Tyrion est une petite lumière dans un royaume obscur. C’est son intelligence qui sauve la ville durant le siège de la capitale. Mais il n’en est pas récompensé. Il vit aussi lui aussi cette leçon selon laquelle c’est le plus rapide qui tire les marrons du feu et cette loi qui fait qu’hier en politique est déjà loin.

Game Of Thrones a pour vertu de transformer nombre de perdants en héros. Un nain, un bâtard, un obèse maladroit mais profondément sain, des femmes exclues, des prostituées ou des esclaves, des simples d’esprit comme Audor et des enfants handicapés comme Bran.

Tyrion aime à fréquenter toutes les classes, et à les brouiller. Il nous offre ainsi une scène comique, certes à ses dépends, quand il emmène des brutes sauvages des forêts sous la tente de son père. On a alors une scène où François Pinault semble au milieu d’un vestiaire de boxeurs en Seine Saint Denis, pas si troublé d’ailleurs. Ces gens ne se troublent pas. Ils sont légitimes.

Tyrion est un excellent politique. En tant que Main du Roi, il nous donne de belles leçons de technique politicienne. Comment s’en sortir encerclé par les traîtres ? Tyrion dispense trois versions différentes de ses projets de mariage auprès de trois conseillers différents et attend la réponse de l’écho. Comme l’on colore une rivière pour débusquer les résurgences. Le Grand Mestre finit ainsi engeolé car c’est sa version qui est ressortie. Il a aussi recours à la méthode du retournement avec le mignon de la Reine. Il évite autant que possible la violence, toujours.

Son empathie lui est vitale lors du siège de Port Réal, ou il trouve les mots pour galvaniser les troupes. Il le les appelle pas à se battre pour des principes ou leurs souverains, mais simplement pour la survie contre l’envahisseur. Et il est d’autant plus convaincant qu’il est sincère. L’empathie n’est pas condamnée à être faiblesse politique.

Tyrion est un sceptique et un épicurien. Il regarde les croyances avec la plus grande prudence. « Où sont les Dieux du vin et des tétons ? » demande t-il à Lord Varys, alors que les Dieux vont réclamer du sang et des noyades.

(Lire la suite de l’essai dans les articles suivants)

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