Machiavel Pop – Ce que Game Of Thrones donne à penser – Article 13/18 (La dialectique du maître et de l’esclave)

thCA4YOMOZ

….La dialectique du maître et de l’esclave

Mais le plus charismatique des souverains sera toujours plus ou moins dépendant de ses sujets.

Le pouvoir absolu ne l’est jamais car il dépend évidemment du consentement quotidien des dirigés comme l’a merveilleusement expliqué La Boétie dans son Discours sur la Servitude volontaire. Ceux-ci peuvent toujours se révolter et tout emporter. Le Maître est donc dépendant de l’Esclave sans qui le rôle de Maître n’a pas de sens. On le sait depuis Hegel. Le premier artisan de la domination est le dominé lui-même nous répète inlassablement Pierre Bourdieu.

Le Roi doit donc s’évertuer à sauvegarder un état du monde pour contenir les tentations de rébellion qui dorment dans le peuple comme lave dans le volcan, il doit permettre au pays d’atteindre cet état au dessous duquel le pouvoir est balayé car le peuple a plus à perdre à rester calme qu’à essayer de renverser le pouvoir. L’élasticité supportée par le peuple n’est pas absolue même si le pouvoir, théoriquement, l’est.

Ainsi le peuple de Port Réal se révolte contre le « bâtard » Joffrey et les Lannister parce que la guerre l’affame et se lance dans le viol et le massacre sans aucune retenue. La folie débile de Joffrey, incapable de comprendre les fondements de son pouvoir, qu’il appréhende comme pure essence, du fait de son enlisement dans l’infantile, c’est de croire que son autorité est magique, qu’il suffit d’invoquer la force pour en disposer, comme on convoque le génie de la lampe. Son grand père Tiwin a beau jeu de lui dire que celui qui se prétend Roi n’est pas celui qui règne. Et son frère le gnome lui rappelle que l’on ne peut pas régner contre la haine de tous.

La folie du Maître c’est de ne pas reconnaître la part d’Esclave qui vit en lui. Le Roi n’est que le Roi et rien d’autre. Il est mortel par ailleurs. Une dose de poison et il disparaît du paysage. Le Roi dispose de deux corps, on le sait. Donc on peut en sacrifier un assez aisément, le Roi s’incarnera en un autre corps. Joffrey, manifestement atteint d’une psychose, ne peut pas comprendre que sa survie tient à son utilité à démontrer en tant que souverain, auprès du peuple mais aussi des participants au jeu du trône.

Son irrespect, sa violence, lui aliènent les soutiens au moment le plus sensible. Ainsi, « le limier », le guerrier le plus dangereux du royaume, s’en va en pleine bataille de la Nera, fatigué d’être appelé « Chien ».

Le conseil de Machiavel a été ignoré :

« le prince doit éviter avec soin toutes les choses qui le rendraient odieux et méprisable, moyennant quoi il aura fait tout ce qu’il avait à faire, et il ne trouvera plus de danger dans les autres reproches qu’il pourrait encourir. »

« Un Roi doit régner ou mourir » a dit Saint Just pour expliquer son vote de condamnation de Louis XVI. Joffrey n’aura pas régné, il aura profité de sa situation de manière infantile, cultivé la terreur mais aussi une haine incommensurable, servi de fantoche à sa mère et son grand-père, commis de lourdes fautes dans sa faible marge d’autonomie, et il a été au dessous de tout dans la guerre, se cachant pendant l’assaut de sa ville. Joffrey n’a jamais été un joueur de ce jeu. Il a été un pion. Dont on se débarrasse d’une chiquenaude ou qu’on sacrifie.

(Lire la suite de l’essai dans les articles suivants)

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s