Machiavel Pop – Ce que Game Of Thrones donne à penser – Article 9/18 (Le feu de la révolution et la mère des dragons)

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… Le feu de la révolution et la mère des dragons

Le Royaume semble fonctionner comme une immense âme collective, dont le Mur est le surmoi. Alors que l’Inconscient dont le Refoulé qui prépare son retour est au delà du Nord, le Logos à la capitale avec les Lannister, Thanatos chez Stannis Baratheon et sa magie noire, l’Eros est incarné incontestablement par Daeyneris du Typhon, Khaleesy, libératrice d’esclaves et Mère des Dragons.

Notons que la liberté, le fait d’échapper au monstre froid de l’Etat, a été refoulée au delà du mur.

La Khaleesy n’est pas Spartacus, elle n’est pas une esclave émancipée. Mais elle a été exclue du groupe des dominants. Reléguée puis opprimée par un frère brutal. Être profondément sensible, sensuelle, elle s’identifie aux opprimés, d’abord aux femmes dont elle essaie d’empêcher le viol par les dhotrakis. Puis aux esclaves. Khaleesy veut reprendre le trône mais pas n’importe comment. Elle mène une lutte révolutionnaire inédite. Elle prend la tête d’un peuple périphérique de cavaliers, dont il ne reste que des bribes, puis d’esclaves qu’elle affranchit. Elle sait que comme l’a écrit Karl Marx, l’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux mêmes. Elle leur propose donc la liberté, et la liberté de la rejoindre. Et ça fonctionne. Les travailleurs avaient besoin d’un leader, d’un tribun. C’est Khaleesy, rendue à cette cause par sa trajectoire d’exil, de déclassement et d’humiliation, et la fréquentation des exclus aux confins du royaume sur des terres inhospitalières. On pense à l’expérience sociale de Ghandi.

Décidez de cesser de servir, et tout d’un coup vous êtes libre, le conseil simple et radical de La Boétie est mis en œuvre par Daeyneris quand elle bombarde une ville de bracelets coupés, y déclenchant l’insurrection des opprimés. Et il suffit en effet qu’ils se révoltent, pour en quelques instants, tout déborder.

Jusqu’à présent, le jeu politique impliquait des fractions géographiques de la classe dominante, Khaleesy trouble le jeu et tend à transformer la grande guerre en guerre des classes. Elle est porteuse d’un projet de subversion sociale. La Khaleesy c’est l’Amour. Mais l’Amour armé du Glaive. A l’injustice Khaleesy oppose la justice, qui comprend la sanction.

L’Amour s’impose à la Raison, il est capable de la soumettre et de la supplanter. Ainsi Khaleesy sait qu’elle commet une erreur stratégique en s’attaquant à une ville, Yunkaï; qui n’a nul intérêt pour sa conquête du trône et où elle risque de périr. Les dirigeants de la cité lui offrent un navire, des lingots d’or. Mais la ville compte 200 000 esclaves.

« Il y a ainsi 200 000 raisons de conquérir cette ville » tranche t-elle.

Comme toute grande dirigeante révolutionnaire, charismatique, elle a une nette conscience, sans aucune espèce de doute, de sa mission révolutionnaire et historique, et de sa responsabilité à l’égard du peuple. Cette certitude lui donne un aura incomparable qui lui rallie les meilleurs combattants. Peu à peu elle assume son rôle de souveraine, qui tranche, qui passe de l’enfance à la maturité du pouvoir. Et son charisme s’affirme comme son autorité sur ses conseillers. Daeyneris comprend la solitude qui entoure nécessairement le pouvoir et qui est indissociable de l’autorité. Peu à peu cette solitude s’approfondit.

Que représentent les dragons ? La force de la colère, de la révolte, de la justice. La passion politique charnelle des opprimés. Qui d’ailleurs est presque incontrôlable.

 » Ce sont des dragons Khaleesy. Ils ne peuvent pas être complètement maîtrisés. Même par leur mère ».

Les dragons, c’est le feu de la révolution permanente.

« Le feu est le pouvoir » dit une inconnue voilée dans un jardin de Quarth au principal conseiller de Daeyneris. Le feu, oui. La force alliée à la passion, au conatus spinoziste – le vouloir vivre – et au charisme.

Ce feu ne passe pas sans dégâts. La révolution tue sur son passage, même si sa fin est juste, mais sa fureur déborde. Les dragons tuent des moutons, mais aussi des enfants, et Daeyneris doit les enchaîner, emprisonner ses propres rejetons, comme toute révolution doit reprendre le contrôle des forces révoltées.

(Lire la suite de l’essai dans les articles suivants)

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