Machiavel Pop – Ce que Game of Thrones nous donne à penser – Article 15/18 (Un jeu dont on ne peut se distraire)

th

… Un jeu dont on ne peut se distraire

Tyrion, sous une tente, invente un jeu où l’on doit lire dans le visage d’autrui son passé. Il s’y exerce politiquement.

Il s’agit bien d’un jeu, du jeu des trônes. La politique est un jeu de trompe la mort. Les personnages le disent parfois. Théon le dit au grand mestre de Winterfell quand ils traquent les petits garçons Stark :

« Ne soyez pas si lugubre, ce n’est qu’un jeu ».

Le générique nous montre un jeu de plateau agrémenté de belles mécaniques.

Pourquoi joue t-on ? La réponse est dans la phrase obsédante de la série, répétée du nord au sud des royaumes et cités :

 » Tous les hommes doivent mourir ».

GOT est une ontologie politique. La recherche de puissance est la réponse à l’absence de sens et à la finitude. La politique et ses folies, c’est le problème de l’Être.

Les enfants saisissent d’ailleurs le caractère absurde de ce jeu. Quand Théon envahit Winterfell et entre dans la chambre de Bran, il lui dit avoir conquis le château. Bran répond interloqué : « Mais pour quoi faire ? ».

Quand on joue au jeu des trônes donc, comme le dit Cersei, il n’y a pas de moyen terme. On est victorieux ou on périt. Une fois encore c’est un Stark qui nous démontre une leçon par le contre exemple : le politique doit se consacrer exclusivement à son jeu. Robb Stark oublie sa dette. Il oublie qu’il doit se marier à la fille d’un allié. Il cède à l’amour et prend épouse. C’est une soigneuse, qui prend soin de tous les belligérants. Elle reçoit l’aide de Robb. Celui-ci sort déjà du champ de la guerre, un instant de distraction peut être fatal. Il méprise ainsi le jeu, en ignore les règles sciemment, pensant qu’il trouvera bien un arrangement. L’erreur sera mortelle et conduira à la fameuse St Barthelemy de l’épisode 3.9.

Pour l’amour, Robb Stark, figure romantique, gâche toute une guerre, et détruit les espoirs de toute une famille. La première erreur de l’héritier Stark fut d’envoyer Théon Greyjoy négocier avec son propre père en croyant à sa fidélité et à sa proclamation d’amitié, ce qui se retournera contre lui et menacera la survie même de la maison Stark. Cette erreur ne lui apprend rien, malheureusement. Robb croit comme son père à la parole donnée, c’est son père qui le lui a enseigné. Or la parole n’est respectée que si le rapport de forces qui a servi de terreau à son expression est toujours de mise. Le respect de la parole est directement dépendant de l’équilibre des forces. Robb est un chevalier, un guerrier comme son père, il gagne sur le champ de bataille, mais est en perdition dans les allées politiques.

La famille Stark ne sait pas passer du roman de chevalerie à la chronique politique. Elle est un peu comme une exilée de l’Heroic fantasy classique qui se retrouverait perdue dans un monde aux apparences du sien, mais désenchanté. L’apprentissage du réalisme est très dur.

« Ne faites confiance à personne, c’est plus sûr comme ça » résume la maîtresse de Tyrion.

(Lire la suite de l’essai dans les articles suivants)

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s