Machiavel Pop – Ce que Game Of Thrones nous donne à penser- Article 18/18 ( Que nous dit le succès de GOT ? CONCLUSION DE L’ESSAI)

thCAW4YC05

… Que nous dit le succès de GOT ?

Pourquoi cet engouement pour Game Of Thrones alors ?

Parce que Khaleesy est terriblement sensuelle, oui. Parce que Jon Snow plaît aux filles, oui. Parce qu’on frémit au son métallique des batailles et duels. Encore oui. Parce que les dragons sont criants de vérité, toujours oui.

Mais sans doute aussi parce que la série considère comme telle et prend au sérieux la fin de la naïveté politique de nos générations. Une fois intégrée l’idée selon laquelle il n’y a pas grande illusion à entretenir sur les discours politiques, alors la fiction proposée devient intéressante. Nous nous intéressons à GOT parce qu’elle balaie l’hypocrisie, et que le regard offert devient enfin intéressant une fois percée la gangue étouffante de la communication politique.

Là où nos édiles nous traitent en enfants dans un monde d’adulte, GOT nous approche en adultes dans un monde d’enfants.

Mais si GOT est la série d’une époque dégrisée, elle montre que la passion politique nous habite toujours. GOT nous parle d’un monde brutal : le nôtre. D’un monde exposé aux plus grands périls refoulés : le nôtre. D’élites politiques entrepreneuriales totalement coupées du peuple, et s’en désintéressant. D’un monde où aux plus hautes responsabilités on trouve des têtes brillantes mais malades ou enfermées dans des rationalités glacées et égoïstes, aux côtés d’immondes crétins sans vergogne. Le nôtre. D’un monde confronté à des menaces globales imminentes mais divisé politiquement et incapable de dépasser les luttes intestines pour se préparer à les affronter. Le nôtre…

Cette ressemblance nous attire. Nous fascine. Nous purge le temps d’un épisode.

A cet égard le succès fracassant de GOT devrait être médité par les politiciens. Ce n’est pas l’indifférence politique qui règne dans les masses, mais le mépris souvent silencieux pour la politique de l’époque. Le peuple de GOT est souvent absent, silencieux, il essaie de s’en sortir dans ce temps crépusculaire où l’hiver vient, et il est largement indifférent aux jeux d’une sphère repliée sur ses propres enjeux, qui s’apparente à un spectacle. Ce spectacle grotesque de nains jouant à la guerre, que Joffrey offre à son mariage et qui met tous les nobles mals à l’aise.

La lucidité qui peut aller jusqu’à s’enfermer dans sa sphère privée n’est pas le cynisme. Et le cynisme, comme le montrent les personnages de GOT, tel Jaime Lannister, n’est pas sans ambiguïtés. Le cynisme a sa part d’ironie protectrice. Il est une cuirasse aussi comme celle du chevalier, contre un monde politique brutal et vide d’espérance. Les mêmes qui ricanent, désillusionnés, devant les leçons de Tiwin Lannister, s’enflamment devant les discours idéalistes de Daeyneris.

Il y a aussi cette conscience, que nous avons de plus en plus, de la menace. De la terreur mortelle cachée derrière le surmoi du Mur de glace. Pendant que nous jouons nos jeux futiles et cruels, l’essentiel est ailleurs. L’essentiel, c’est la menace globale. C’est la guerre totale.

Lady Mélisandre le dit à Stannis, qui le saisit : la vraie guerre n’est pas celle des sept couronnes, ce n’est même pas celle avec les sauvageons qu’il réprime vite. La vraie guerre, c’est toute l’horreur refoulée par la civilisation, qui peut percer et tout recouvrir, qui peut anéantir tous les peuples, tous les souverains. Renoncer à défendre l’essentiel pour poursuivre des futilités, telle est la faute humaine. Nous le savons, car nous voyons les menaces s’annoncer : la haine ethnique, le désastre écologique et ses flots de barbarie.

En regardant GOT, nous pressentons aussi quelle est la vraie force qui peut défendre l’humanité. C’est la force de Daeyneris. Le flot de la justice et de l’amour, appuyé sur les multitudes rassemblées et libres.

Pour sortir les masses de leur torpeur sans doute a t-on besoin du souffle des dragons.

Éléments pour penser avec GOT

Regarder GOT peut nous conduire dans de multiples directions de lecture, de réflexion sur le politique, l’anthropologie ou la psychologie. Pour ma part, j’ai retrouvé un certain nombre de pistes que j’avais empruntées dans mes sentiers de recherche personnelle.

Si la Boétie fut le premier dans son « Discours sur la servitude volontaire » à nous éclairer sur la mystérieuse fragilité du pouvoir, qui pourtant se maintient, Machiavel en a éclairé les méthodes dans « le Prince ».

J’ai pensé au Sigmund Freud qui décrit la triangulation de la psyché, GOT pouvant sans doute être explorée comme un gigantesque esprit humain, mais aussi à celui de « Malaise dans la civilisation », cet essai brillant et sombre de fin de parcours,

j’ai songé aux auteurs s’intéressant aux sociétés sans Etat « sauvagonnes » comme Pierre Clastres (« la société contre l’Etat) ou James C. Scott (« Zomia »).

J’ai médité sur les théories des antagonismes sociaux comme celles de Karl Marx (« le 18 brumaire de Louis Napoléon Bonaparte ») ou de Pierre Bourdieu (« Raisons pratiques » par exemple). Littlefinger m’a renvoyé à Norbert Elias et son concept de processus de civilisation par l’auto contrainte (« la dynamique de l’occident, « la société de cour »).

J’ai emprunté la voie de la pop philosophie (par exemple « petite philosophie du zombie » de Maxime Coulombe ou « Cinéphilo » d’Olivier Pourriol).

Les tiraillements de Jon Snow m’ont remis en mémoire le très beau « Retour à Reims » de Didier Eribon, et l’œuvre littéraire d’Annie Ernaux.

Les rêves éveillés de Bran Stark m’ont renvoyé à André Breton et à ses « Manifestes du surréalisme ». Brienne la guerrière qui terrasse le terrible Limier m’a évoqué la « King Kong Théorie » de Virginie Despentes.

Le grand débat de l’éthique en politique m’a renvoyé à Kant évidemment, à l’essai de justification de Trotsky (« leur morale et la nôtre ») et au commentaire critique malheureusement très méconnu qu’en a réalisé Colette Audry dans « Les militants et leurs morales ».

Et partout, baignait la lumière de l’ « Ethique » matérialiste de Spinoza.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s