Machiavel Pop – Ce que Games Of Thrones donne à penser – Article 16/18 ( Racine du mal)

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… Racine du mal

Alors pourquoi jouer à faire mal ?

D’où vient le mal ? Pour Lord Varys c’est le Désir, l’Eros. Il se dit terrifié par les dégâts du désir dans le monde. C’est ainsi que castré il ne serait pas avide du pouvoir, mais de la pérennité de l’Etat. Varys a besoin de cette fiction de l’intérêt général pour masquer son intérêt particulier car il n’a pas les moyens de prétendre au Trône, il ne peut que postuler à l’influence. Émasculé, il serait en quelque sorte vierge politiquement.

Mais nous savons que son drame ne l’a pas préservé de ce Désir là. Châtré le haut dignitaire n’est pas pour autant démotivé.

Combien, dans GOT, peuvent laisser aller leur Eros infiniment dans un tourbillon de plaisirs, sans que cela n’apaise quelque peu leur appétit de pouvoir, ni leur cruauté ? Tous. Certains semblent ignorer l’Eros, comme Littlefinger, mais nous voyons qu’ils l’ont conçu sous la forme de la passion. Une passion morbide. On peut aussi être castré et aimer, comme le chef de l’armée émasculée de Daeyneris. L’amour est plus qu’une ruse de reproduction de l’espèce. Il est bien au delà. Et nous en arriverions au Banquet où Socrate se prépare à interroger les convives.

L’Éros suffit- il pour nous décrire ? Pourquoi alors la cruauté ? Pourquoi ne pas se contenter de prendre les villes, sans massacrer tout le monde, les femmes et les enfants ? Pourquoi prendre plaisir sadique à piéger les Stark dans un long mariage, avant de les égorger ? Pourquoi le Limier prétend t-il, tout au long de la série, qu’il n’y a rien de plus doux que de tuer ? Lui même pourtant, connaît l’Éros. Il en pince pour les petites filles fragiles, qu’il protège.

Éros ne suffit pas. Thanatos l’affronte dit Freud, le fils de ce monde extérieur qui nous résiste et nous borne. Thanatos ne serait pas le fils des flétrissures d’Éros mais plutôt de celles de Narcisse enchaîné.

Le cœur de l’humain, c’est la volonté de puissance dit Nietzsche, bien après son maître Spinoza et son Conatus, volonté de persévérer en soi même. Peter Sloterdjik, dans « Colère et histoire » souligne que l’Histoire occidentale avec l’Illiade, commence sous le signe de la Colère. L’Histoire est thymotique. La colère c’est la volonté qui se rebiffe et pousse partout ses cornes. Si cette volonté se mêle aux passions tristes, alors le pire est à craindre.

La colère est un sentiment puissant, source de force. Fruit de la vengeance, elle conduit Oberyn a devenir un guerrier puissant, imbattable. C’est ainsi qu’il affronte la « Montagne », le combattant le plus effrayant du Royaume. Il est tout prêt de le vaincre, sans grande difficulté. Mais la colère est une ivresse. Elle l’enivre, et il perd une fraction de seconde sa lucidité. Cela suffit pour mourir. La colère doit céder au logos dans la lutte contre le pouvoir. Elle doit se soumettre à sa discipline. Voila ce que dit le passage éclair d’Oberyn dans la série.

Et puis il y a une hypothèse existentielle qui fonde le jeu, notre réalité ontologique. Notre condition mortelle. A surpasser. C’est ce qui occupe on l’a vu Tiwin Lannister qui a tout donné à cette forme de transcendance historicisée. Les Stark évoquent aussi cela quand ils clament « Le Nord se souvient ».

Vaincre la mort, c’est imposer le pouvoir de la dynastie. La mort des autres n’a ainsi aucune importance puisqu’on combat la mort même. Quand un homme politique se réfère à l’Histoire pour agir, c’est le signe que l’on doit se cacher. Qu’est ce que la mort de quelques milliers, centaines de milliers d’hommes, quand on est plus grand que la mort ? C’est ce que devait ressentir Napoléon, qui n’avait rien d’un psychopathe, mais tout d’un homme qui avait le sens des grandeurs, métaphysiques, historiques. L’espace ne lui suffisait pas, il devait aussi s’attaquer au temps, d’où cette obsession d’avoir un fils, et de fonder lui aussi une famille régnante.

Il y a ce mystère du mal en effet, qui occupe grandement les personnages de Game of Thrones. Il culmine dans une très longue discussion sans conclusion entre Jaime et Tyrion dans le cachot de celui-ci. Le gnome explique qu’enfant il a longuement observé son cousin simplet, Orson, écraser sans cesse des insectes. Toute la journée il massacrait des insectes et cela semblait avoir « un sens ». Les deux frères n’ont jamais compris pourquoi le débile n’avait que la destruction en tête. Mais Tyrion, le plus intelligent sans doute des habitants de westeros, a saisi qu’il avait devant lui la plus grande énigme, lui qui considère avec tant de légèreté ces histoires de dieux.

Pourtant tous ne sont pas cruels dans GOT, et tous ne sont pas assoiffés de pouvoir illimité. Et leur point commun est toujours d’avoir côtoyé l’Éros. Sous la forme que l’on nomme simplement, l’Amour.

Cet Amour qui au fond est l’ennemi principal des dominants de toutes formes. Car il réunit ceux que le pouvoir oppose, ceux que la guerre oppose comme Jon Snow et sa rousse sauvageonne.

Il crée des allégeances supérieures à celles de la peur, de l’obéissance à l’autorité, et au pavlovisme.

Ainsi le vieux Mestre de la Garde de nuit en avertit Sam, le Garde de nuit transi d’amour pour une sauvageonne :

 » L’Amour signe la fin du devoir« .

On tient là toute la substance du puritanisme des tyrannies.

Dans l’Anti Oedipe, plaidoyer vibrant contre la répression du désir, y compris par le théâtre imposé de la psychanalyse, Gilles Deleuze et Félix Guattari voient dans les humains et les formations sociales des machines désirantes. Le désir se tourne vers deux pôles : l’un est paranoïaque (fascisant) et jouit de l’ordre, de la stabilité, de la race, par delà la mortalité humaine. Donner la mort, réprimer, est la contrepartie d’une appartenance éternelle à la Race des Seigneurs. L’autre est schizophrène, cherche la liberté et à investir le monde ici et maintenant, s’identifiant à toutes les figures. Tiwin serait le paranoïaque, Khaleesy la schizophrène « déterritorialisée » qui promène son Amour dans le monde entier.

(Lire la suite de l’essai dans les articles suivants)

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