Conversation infinie – « Dans les pas de Patti Smith » – création originale de Marie Modiano

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J’aime Patti Smith, dont je ne saurais trop conseiller les mémoires de jeunesse : « Just Kids« . Je me suis donc rendu, grâce à une invitation (merci !) au théâtre Sorano, dans le cadre du « marathon des mots » de Toulouse, au spectacle original (polysémique) de Marie Modiano, intitulé «  Dans les pas de Patti Smith ». Avec la chance d’être très bien placé, donc. En un théâtre presque rempli.

Une simple scène. Avec un décor post psychédélique évoquant le passé qui est passé, et trois musiciens. Un guitariste chanteur. Un contrebassiste. Une femme, coiffée comme Patti Smith, qui se lève, parle, chante, joue du piano. Nous sommes dans un théâtre. On y cause, on y lit, on y chante. On y joue. L’art n’a plus de frontière. Comme le savoir ne devrait pas en avoir non plus. En ces temps de baccalauréat qui dit le contraire.

C’est Marie Modiano, cette grande silhouette qui nous parle, avec gravité et dépouillement. Je ne la connaissais pas, la fille du nobélisé. Je découvre une artiste totale. Elle a écrit, pour ce spectacle, l’histoire d’une femme qui suit le sillon de Patti Smith pour la rencontrer et finit par la croiser dans une église de Charleville Mézières. De très beaux textes de reconnaissance des portes ouvertes par un artiste à un lecteur ou un auditeur. Elle les interprète, car elle a une formation d’art dramatique, et elle le fait avec un grand talent, nous embarquant grâce à son intensité simple. Elle entrecoupe, avec ses deux complices heureux, ce récit de morceaux de la rockeuse rimbaldienne et de poèmes des influences de la chanteuse : Baudelaire, Rimbaud, Blake. Je crois. Elle est Patti, elle est la fille spirituelle de Patti, elle est Marie Modiano rendant hommage à Patti. Elle circule entre ces identités, avec fluidité et plaisir évident.

Un spectacle fidèle à Patti Smith, car elle a toujours été cette artiste totale elle aussi, qui n’a jamais songé finalement à son moyen d’expression en tant que tel. Patti Smith a commencé par dessiner puis elle a effectué des collages, et c’est un hasard si elle a chanté. Ce qu’elle cherchait c’était la beauté cachée, celle que Rimbaud poursuit dans la campagne ardennaise dans « les illuminations ». Le reste n’était que mode de transport. Et Marie Modiano est de cette famille là.  Des artistes habités par leur quête, et non par leur outil d’expression. Ce qui leur donne cette faculté de toucher à tout. De mêler aussi les arts. De créer. J’ai choisi ce spectacle parce que loin des simples lectures, snobs parfois (on vient voir la star lire. Moui), du « marathon des mots », l’audace créative était au cœur du projet. L’audace aussi, de chanter, jouer, lire, réciter, interpréter, ce que l’on a écrit et les écrits d’autrui. En parvenant à transformer ce matériau en flux qui emporte la salle.

Une fois encore nous comprenons que Goethe avait raison quand il définissait la culture comme « conversation avec les morts« . Tout créateur se dresse sur ses admirations. Il continue. Il cite, d’abord. Plus il en est conscient plus il en est intelligent. Plus il est reconnaissant plus il échappera aux clichés. Les mots de Rimbaud fécondent la créativité de Marie Modiano, sans doute par le texte, directement, mais aussi par le truchement de Patti Smith. Amitié par delà les âges. Rimbaud a accompagné Mme Smith, bien plus que les vivants. On peut être ami avec les morts que nous n’avons pas connus. La culture est ce qui survit.  Un bel artiste est un sage, qui se connait soi-même comme l’aboutissement d’une lignée et un carrefour d’influences. Un grand écrivain est un grand lecteur. Un grand musicien est un admirateur, il est à l’école du génie passé qu’il réactualise sans cesse en le déployant.  Marcher dans les pas, c’est ce que pratique d’abord le créateur. Il est un intime de ses Maîtres.

Il est curieux de se dire qu’on a peut-être, sans doute, beaucoup plus d’amis morts que vivants. Mais pourquoi pas ? Ce qui compte c’est ce que signifie cette amitié là.

Ainsi nous étions dans ce théâtre et tout cela était vivant. L’âme de Rimbaud touchait les cœurs de ceux qui rythmaient la musique de Smith et de Modiano de leurs pieds dans la salle.

La mort a perdu.

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