Ce que peut le cinéma, The assassin, Hou Hsiao-hsien

 

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C’est une expérience. THE ASSASSIN;  ce film du taïwanais Hou Hsiao-hsien rappelle que le cinéma est une expérience, et que cette expérience qui peut être enfin unique mérite une salle pour la vivre.

 

Est-ce un film d’art martial ? Oui et non. Non, en fait, et cela explique sa scandaleuse diffusion à faible échelle.  Ce n’est pas un film de genre en tout cas. Et il n’a que peu de rapport avec la production glorieuse du cinéma d’art martial contemporain, de « tigre et dragon » à « grandmaster ». Si on devait fonctionner par association d’idées ou de sensations, on songerait aux classiques japonais comme les sept samouraïs ou rashomon, et leurs mises en scène atypiques – en tout cas pour un spectateur occidental-, qui traitent le moment du coup porté comme un éclair quasi invisible, et qui nous montrent l’homme en train de combattre dans la nature palpitante.

J’ai aussi songé, étrangement, mais c’était dans le même cinéma que je l’ai vu, au très beau Michael Kholass d’Arnaud des Pallières, film médiéval lui aussi, bien qu’à cinq siècles de distance plus tard et filmé par un français inspiré par un roman romantique allemand… Universalité quand tu nous tiens…. J’y ai songé pour les ellipses, le cinéma composé de longs plans entrecoupés de silences de la narration , la lenteur – elle est belle cette lenteur, j’ai aimé la supporter, et il y a même des scènes que j’aurais aimées plus lentes encore-. J’y ai pensé pour l’économie verbale, la présence de l’homme de combat dans la nature encore, même quand il ne combat pas mais qu’on prend simplement le temps de filmer ses déplacements à cheval, dans le vent. C’est évidemment un cinéma sans concessions face aux exigences cognitives du moment.

 

L‘intrigue n’a rien de bien original. On s’y perd parfois, alors qu’elle est simple, mais le metteur en scène de ce cinéma contemplatif semble nous dire que cela importe peu, c’est du détail. Ici on fait du cinéma que diable, et on s’en fiche un peu, ou on nous laisse songer à cela, on ne nous dit pas tout, de savoir qui est caché derrière la redoutable guerrière au masque d’or qui affronte notre femme assassine, personnage central, charismatique et émouvant du film. C’est aussi qu’on est enivré par autre chose : c’est du cinéma. Ce qu’on voit là, c’est du pur cinéma. Le metteur en scène nous démontre ce que l’on peut faire, uniquement avec du cinéma, et sans aucun effet spécial.

 

C’est un cinéma esthétique, radicalement esthétique, psychologiquement minimaliste – ce qui marque qu’il n’est pas occidental-.

La composition de tableaux filmés, voila la passion du cinéaste. On est ainsi gâté de scènes d’une beauté stupéfiante, soit de pure nature, splendide, comme rarement filmée, avec simple présence de l’humain ou de la pierre posée par l’humain, en relevant le sens, soit de tableaux de délicieux artifices où l’artiste rejoue sans doute son enfance, joue des contrastes de rouge et d’or, choisit les points de vue les plus inusités. La recherche de la beauté, patiemment. Celle des femmes d’abord, mais aussi des hommes, des habits, des décors. La méticulosité est impressionnante, elle n’a pas le caractère néo baroque d’un Wes Anderson, s’avère plus fluide, et s’inscrit dans une fidélité historique.

 

Mais dans ce cadre médiéval chinois là, on glisse, par les jeux de caméra, par la photo, par la lumière, le son, dans ce que je me risque à appeler du réalisme magique cinématographique.Car ce cinéma, magique, de transport, est réaliste. Il fait rêver avec de la réalité. La magie est pourtant utilisée dans l’intrigue. Mais les combats sont notamment crédibles, on ne vole jamais dans les arbres. Ce n’est pas un cinéma symboliste, ni métaphorique. Sauf peut-être quand il s’agit de notre tueuse en habit noir.

 

Toutefois il y a une histoire, oui. Une femme en noir, tueuse. Elle a été recueillie par une femme qui lui a enseigné le meurtre. Pour éprouver son âme, moins solide que son maniement d’arme, on l’envoie tuer son cousin, dont elle fut éloignée il y a bien longtemps pour des motifs politiques et qu’elle aimait. Mais elle prend son temps et glisse entre les soies du film, se camoufle dans la mise en scène. Cette femme assassine utilise le cinéma à ses fins ! Le film fonctionne comme une attente d’une fatalité. Celle du drame.  La mort rôde sur la maison du gouverneur d’une puissante province, le cousin de la tueuse redoutable.  Les beaux jours finissent toujours mais la tueuse observe. La tueuse a une conscience, aussi.

 

Est-ce le retour du refoulé, que la morale du film ? A travers le secret enfoui qui revient sous la figure de la femme en noir, dangereux parce que dissimulé ?  Le regret est là du passé, de ce choix ancien qu’il faut solder. Mais si le passé ne peut pas être effacé, il peut aussi laisser renaître les nobles sentiments enfouis.

 

Et pourtant c’est de la fiction, et la fiction fait ce qu’elle veut, comme la vie, qui finit par la mort mais y parvient par des sentiers imprévisibles.

 

Il arrive dans la vie que le disciple se rebelle et fasse ses propres choix. Gare alors à celui qui a bien formé son élève.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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