rude comme l’amour , « Quand on a 17 ans », André Téchiné

QUAND+ON+A+17+ANS+PHOTOSLIDEMaître Téchiné revient à son meilleur avec « Quand on a 17 ans ». Toujours dans ce Sud-Ouest qu’il affectionne, mais plus haut, du côté des Hautes-Pyrénées ou de l’Ariège, que sais-je.  Les films de Téchiné tournent autour de la découverte de l’amour dans la difficulté, notamment pour  les jeunes homosexuels. Celui-ci n’y déroge pas.

 

Le choix de l’environnement, de magnifiques plans des Pyrénées nous sont offerts, est tout à fait approprié puisque dur est l’amour, dure est la vie. La pierre est belle, mais elle est dure. La neige est splendide, immaculée, mais elle rougit les peaux.

 

Les montagnes nous offrent un cadre rugueux approprié, propice à figurer ces liens subtils entre l’amour et la violence, entre la vie et la mort dont Téchiné tisse son cinéma.

 

C’est un cinéma physique d’abord, on filme près des corps, on capte leur énergie cinétique, on n’euphémise pas la violence, au contraire un coup est un sale coup, et on ne la stylise pas.

C’est que l’amour c’est du corps.

La honte de l’amour c’est du corps.

La crainte de l’amour c’est du corps.

La rage de l’amour c’est du corps, encore.

Le corps est le véhicule de l’amour. L’amour a une dimension animale.

L’amour entre deux virilités a en outre une dimension physique toute particulière évidemment.

 

Pyrène, oui, était là pour accueillir ce film. Son eau fraîche qui évoque le désir fugacement rassasié. La trace de l’ours, qui figure ce bestial qui fascine et effraie  un des deux adolescents, celui qui a le plus de mal à accepter . Le sexe.

 

Cette rage, rimbaldienne, « comme un boulet de canon » disait rené Char à propos de rimbaud, le poète de dix-sept ans, traverse le film comme un éclair.

 

Deux ados à la fin du lycée se mettent des raclées, alors qu’ils ne s’adressent pas la parole. L’entourage n’y comprend rien et surtout pas l’administration qui met la situation dans le tiroir  « harcèlement », parce qu’elle a un tiroir indiqué .

 

L’un est blanc, fils de militaire et de docteur des montagnes – Sandrine Kiberlain -, magnifique actrice, qui parvient ici à partager  la tristesse autant qu’elle sait nous faire rire dans des films récents, ce qui n’est pas peu dire. L’autre adolescent est un enfant adopté, à la peau foncée, un peu effaré et craintif quand il quitte sa ferme, fils d’éleveur perdu dans les estives. Ils se côtoient au lycée de Tarbes ou de je ne sais où. En se croisant ils vont, l’un après l’autre, l’un avec l’autre, saisir leur désir violent, irrépressible, mais combattu de toutes les manières, pour le garçon d’en face.

 

L’un est élevé à la rude, dans la montagne, avec les bêtes. L’autre veut se durcir et y travaille.

 

Au centre de ce petit monde il y a le personnage de Sandrine Kiberlain, qui noue les liens et les comprend, qui accompagne la vie – aide à venir au monde – et qui subit de plein fouet la mort.

 

D’un côté, son mari use de l’amour et de son baume, sur webcam, pour lui cacher la vie dangereuse qu’il mène. De l’autre côté son fils use de la violence pour transformer l’énergie libidineuse qui le brûle. Elle comprend, au fond, les deux situations, tout en tentant de s’illusionner, un peu.

 

Car c’est une histoire de vie et de mort. La vie à la montagne l’illustre sans cesse, à travers tant de métaphores : la vie est si près de la mort. Le désir est si proche de la violence. Quand il ne peut pas se dire, s’avouer, il déborde en violence. Mais la vie persiste, c’est son seul but. Ça ira mieux, se dit-on au tout début du deuil.

 

Ce film sort à une époque, précisément, où le tragique, refoulé, reprend ses droits. Et Téchiné semble nous le dire : tu manges un poulet, il faut le tuer . Tu fais la guerre, tu peux mourir  et ce n’est pas « un manque de professionnalisme » qu’il y ait des décès de soldats.  » C’est cela qu’il faisait » dit la mère à son fils, « la guerre ».

 

Son message est un cadeau de sagesse qui doit être entendu.

 

Comme disait un tango tardif  d’un Claude Nougaro sur le déclin, « vie, violence, ça va de pair, les deux se balancent, paradis, enfer ». C’est de cette proximité nécessaire et omniprésente, indémêlable, que nous parle le cinéma de Téchiné, inspiré comme en chacun de ses films par une divination panthéiste. La contemplation de la nature semble première pour  Téchiné mais vite inséparable elle aussi des hommes qui l’ont transformée.

 

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