Ultra Biolay – Benjamin Biolay en concert

img_2085Il faut un surdoué immanquable comme Benjamin Biolay pour me persuader de rester le soir debout au milieu d’une foule au Bikini, Toulouse. Après une journée, par manque de chance, éreintante. Peu à peu la fatigue s’est estompée sous le coup de l’enchantement. 

Mais avant de parler musique, j’ai envie de parler du Monsieur, de ce qu’il montre sur scène. Une « hexis corporelle’ – le corps social, selon Pierre Bourdieu- d’un transfuge, à la fois hyper élégant et pataud, « trop plouc et trop chic » dit-il dans « palermo queens » avec son corps de jeune chien trop vite grand, laissant s’exprimer, sans doute avec la jouissance d’être dans son bain à lui – la scène, libérée des codes stricts du social – des réflexes populaires qu’il a gardés, comme ces gestes d’un supporter de foot quand il harangue ou salue le public. Ce look qui va du costume, un peu trop grand, parce que Benjamin s’est manifestement affûté pour sa tournée , estompant cette ressemblance de plus en plus frappante avec Benicio del toro,  et a retrouvé sa coupe de cheveux de minot, à un teddy  bleu et blanc floqué « palermo hollywood », porté fièrement comme un ado avec le pantalon de costume noir et des baskets…

Le côté gosse de Biolay, c’est sa strate popu qui affleure, dans l’artiste mâture qui a été marié jeune avec la fille de Deneuve et Mastroïanni.

Son hexis corporelle atteste de sa vie de comète sociale et culturelle. Tout cela participe de sa personnalité infiniment touchante, et certainement, de par sa complexité, de sa capacité de séduction que je pense infinie à l’égard des femmes, sujet qui semble tout de même surnager parmi ses centres d’intérêt multiples. Biolay parle peu sur scène, contrairement à son comportement médiatique. Il remercie sans cesse le public de lui permettre d’être ce qu’il est.

Il joue au Bikini, magnifique salle toulousaine, qui a tant fait pour le rock en france et continue. Il pourrait sans doute remplir une plus grande salle, je ne sais. Mais l’acoustique y est formidable; et la musique riche, précise, de Biolay a besoin d’une intimité relative. Sans doute y a t-il aussi de la fidélité, concept que Benjamin a du mal à appréhender, dit-il un moment allusivement, entre deux chansons, mais il y a bien des formes de fidélité.

Nous avons eu droit, avec quelques reprises, dont un hommage à Nougaro, à mon sens au meilleur, excepté un ou deux titres que j’aime et que j’attendais, d’un répertoire qui est devenu d’une très grande richesse au cours d’une carrière pourtant encore récente. Mais Benjamin produit, produit, et produit. Son oeuvre est, dans sa globalité, comme dans le microcosme d’une seule chanson, d’un syncrétisme génial. Passant sur scène de la guitare à la trompette, du piano au rôle de slameur, Benjamin déroule son oeuvre fusion et pourtant toujours d’une grande clarté dans son aboutissement. Impossible de la cristalliser vraiment, même pour un seul titre.

Ici, sur scène, magnifiquement réorchestrée,  accélérée et durcie pour le live, l‘oeuvre émane d’un imaginaire nourri par le rock, le jazz, le tango, la new wave, le western spaghetti, la chanson de comédie italienne -pour une magnifique chanson politique, rare dans son oeuvre, lui qui a pourtant été encarté, « ressource humaine« . On y côtoie le funk, beaucoup d’influence sud américaine fondue, venant de son dernier album, la musique africaine, – nous avons eu droit à un sublime fondu enchaîné entre du Amadou et Mariam et « Miss Miss« .  Malheureusement nous sommes provinciaux, et nous n’avons pas eu droit à la présence des nombreuses collaborations dont il aime s’entourer, de Puccino à Chiara Mastroianni.

Il parle d’amour, surtout. De névrose, comme avec cette superbe chanson aveu digne d’un analysé en succès : « Padam padam« . De désir. De mélancolie. C’est l’oeuvre majeure, dans la France du début du XXIeme, d’un romantique post moderne confronté aux contradictions du désir dans l’époque ultra individualiste.  Benjamin Biolay est un immense artiste, et je sais que plus tard je serai heureux d’avoir vu un concert de ce Monsieur qu’on peut admirer absolument tout en se disant qu’il pourrait être un pote.

Biolay, musicien surdoué et prolifique, est un excellent song writer. Pas un poète. Car ses chansons sont illisibles seules . Ses textes ne sont vêtus que sur sa musique. Mais il y laisse transparaître un côté dilettante, lui, le grand bosseur. Pourquoi ? Quelquefois ça se relâche en plein milieu des trouvailles. Un rapport encore questionné à la légitimité de l’écriture ?

Biolay a encore je le sens et le voudrais, ses plus belles chansons devant lui. L’immensité de son talent, il la distille, comme avec « mon héritage« , déjà considérée comme une des plus belles chansons jamais écrites, évoquant la paternité. C’est dire ce qui nous attend.img_2093

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