Mon portrait onirique, par l’écrivain belge Patrick Lowie

Patrick Lowie réalise des galeries de portraits dits oniriques, où à partir de bribes, comme un rêve d’enfance raconté par le concerné, une photo, il laisse aller ses songes à partir de ces fragments de vie. Il m’a fait le plaisir de me consacrer un de ses rêves littéraires. Le voici. Retrouvez ce projet empathique, dans la verve du surréalisme belge, sur le site LEMAGUE.NET

http://www.lemague.net

PORTRAIT DE JÉRÔME BONNEMAISON PAR PATRICK LOWIE

Portrait de Jérôme Bonnemaison

 

 

 

 

 

 

Next (F9) vous propose des portraits de personnalités connues ou inconnues, des poètes ou des vendeurs de boutons, des gauchos ou des gauchers. L’important est de rêver. Chacune des personnalités est contactée personnellement, décide de sa photo à publier et raconte à Patrick Lowie un rêve marquant. Précision d’usage : ce portrait est un portrait onirique, et donc, ce n’est qu’un portrait onirique et imaginé. Par conséquent, l’histoire qu’il raconte n’est pas une histoire vraie.

Jérôme Bonnemaison, enfant, doux, vêtu d’un costume traditionnel de danseur de schuhplattler, est dans sa chambre bleue, sur son lit, sous des couvertures de perles, des rêves en forme de prières plein la tête, des livres sous son oreiller ergonomique : « Le Grand Meaulnes », « En rencontrant Godot », « Mes mille et une nuits à lire », « 1984 et demi », « Le frère allemand », « Marrakech, désamour ». Couché sur son côté gauche en regardant la porte de la chambre grinçante, le cœur de pierre, des chatons qui miaulent dans la rue, des lumières inconnues, l’enfant est angoissé, il veut dormir habillé, prêt au grand départ.

Lorsque dans le rêve il est venu m’accueillir, adulte, à la gare de Toulouse-Matabiau à l’aube de ce même jour, j’étais épuisé par un long voyage nocturne. De Mapuetos jusqu’à Tolosa dans le sud-ouest de la France, défilement infini de paysages obscurs, perdus, déroutant voyage mais enrichissant, j’avais été fort étonné de l’acte psycho-magique qu’il m’offrit à mon arrivée – en dansant des figures acrobatiques d’un oiseau sombre au cou gris, polygame, blason du village d’Aubure, qui loge normalement bien loin de la capitale du royaume des Wisigoths – et ce en pleine gare face à des militaires canons, en faction et en constante alerte pour rassurer tout le monde. C’était ma première visite à Toulouse, j’aimais tout, c’était un samedi, l’air goûtait les influences océaniques, déjà dans le train je me demandais si ce ne serait pas mon ultime journée d’une vie ensoleillée. Une voix de brasier, râpeuse et aiguë nous lance de loin : ce sont les parfums de ta vie. J’ai cru d’abord reconnaître Art Mengo, mais l’homme sans visage courait avec lenteur en répétant « ce sont les parfums de ta vie ». Jérôme Bonnemaison me dit alors : Patrick Lowie, je suis très heureux de vous accueillir dans cette ville. Mon déguisement d’aujourd’hui est un clin d’œil à mon enfance. Beaucoup se joue dans la petite enfance. Je lui réponds que l’enfance ne devrait jamais disparaître en nous d’autant que les rêves les plus marquants sont infantiles et nous donnent toutes les clés pour notre avenir. Quand j’étais jeune, lui dis-je, j’aimais regarder l’aube pour dormir toute la journée. J’aime la lumière de Toulouse. Je vous ai ramené de Mapuetos, la pierre de soleil, celle qui favorise l’amitié et les rencontres, celle qui apporte bonne humeur, qui purifie le sang,..un souvenir de mon passage ici. Je suis venu pour mieux comprendre ce que nous aurions pu perdre, vous et moi, dans le temps.

Jérôme Bonnemaison, toujours enfant, vêtu en danseur de schuhplattler, regarde la porte s’entrouvrir doucement. Derrière une lumière orange apparaît, telle une menace, pas jaune ni rouge, orange. Il ressentait en lui cette menace, une présence diabolique tapie là derrière cette porte sans serrure. Puis un visage d’homme, ce même visage sans visage de l’homme qui courait, cruel, sarcastique,… Je me rends compte être l’homme en question, surpris par cette révélation je pars à ma poursuite tapant des pieds avec force et frappant des mains, des cuisses aux semelles, en sifflotant et poussant des cris aigus d’allégresse.

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