Au piège de sa propre utopie -« La communauté » – Thomas Vinterberg

LA-COMMUNAUTE-premieres-images-du-Thomas-Vinterberg-en-competition-a-la-Berlinale-50756Les films de Thomas Vinterberg montrent, comme « La chasse », ou l’inoubliable « Festen« , des individus piégés par la force du collectif, de la communauté scandinave.  Dans « La chasse« , un homme devait faire face à l’exclusion brutale injuste, au bannissement intérieur. Dans « Festen« , un homme devait affronter l’intérêt collectif pour la loi du silence.

 

« La communauté » n’ échappe pas à cette problématique centrale, qui voit le réalisateur interroger une société protestante éclairée à l’ère de l’individu qui a ses propres aspirations.

 

On y retrouve le réalisme ‘dogma » du réalisateur danois au service d’un scénario assez plat mais qui sert de vecteur à un drame puissant, impliquant des personnages convaincants.

 

Une famille de bourgeois progressistes danois hérite d’une immense maison. Que faire ? La vendre ou y habiter avec d’autres ? La mère de famille insiste pour créer une communauté, avec force optimisme. On sent déjà, chez elle, le risque de la dépression pointer. C’est l’ennui qu’elle prévient avec ce projet.

 

Celui-ci finit, dans cette communauté, par se retourner contre elle et par la détruire, ce que les adultes n’ont pas le courage de constater, seule sa fille, adolescente, le fera, et aura le courage d’agir pour la sortir de là.

 

Car on a beau être solidaire dans une communauté démocratique, les contradictions entre l’individualité moderne et le collectif sont encore là, et les conflits prennent une résonance encore plus forte quand on doit assumer la pression de tous, avoir honte devant toute une collectivité. Un des membres pleure, de temps en temps. La mère de famille, elle, se néantise. La descente aux enfers qu’elle vit est magnifiquement jouée par l’actrice.

 

Les procédures formelles démocratiques dans une communauté quelle qu’elle soit, évidemment, ne sauraient épuiser les questions de pouvoir. Les enjeux de pouvoir les contournent. Partout, le pouvoir est une tentation. La forme démocratique de la vie en commun par ailleurs, n’est pas garante de la vertu des membres.

 

L’émancipation individuelle conduit à l’utopie communautaire, mais la communauté implique la responsabilité de chacun et le frein, sans doute, face à la loi du désir individuel, qui vient menacer les équilibres communautaires. Ces contradictions éclatent dans le film.

 

Il arrive à cette femme ce qui peut arriver à d’autres, son remplacement par une autre femme, plus jeune, qui lui ressemble beaucoup. Sauf que la conséquence n’est pas seulement la dissolution du couple mais une remise en cause de tout le destin de la communauté.  Elle n’est pas assez puissante, cette communauté, pour effacer les aspects symboliques et réels de cette substitution.

 

Mais le film est intelligent et jamais démagogique. Il pourrait nous soulager en disant « voila, c’est une utopie, elle est nocive, retournez-donc à votre famille nucléaire ». Mais non. Car l’on voit aussi en quoi la vie communautaire est un soutien, par exemple pour un deuil atroce, partagé. Et s’il est si difficile de partir, c’est bien parce que le collectif offre des ressources. Néanmoins le film offre une vue sur l’hypocrisie communautaire et sur ses limites (les questions sociales restent en filigrane).

 

Une question centrale, vécue par le réalisateur enfant sans doute, est le sort des enfants dans ces communautés qui reflètent les fantasmes des adultes et où les enfants suivent. La « démocratie », implique une transparence  en ces lieux intimes qui va à l’encontre des cloisonnements dont les enfants ont besoin pour se construire en tant qu’individus, préservés des conflits qui ne les regardent pas.

 

Le film nous laisse avec nos questions, et nos incertitudes. Les soucis se déplacent. Ce n’était pas mieux avant, ni pire. Certains ont tenté des expériences, ont souffert. D’autres souffrent autrement.

 

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