0

En rencontrant Godot

Dans « En attendant Godot », l’œuvre qui met au défi quiconque de parler encore utilement de l’absurde, de par son « touché juste » et son dépouillement, Samuel Beckett met en scène deux personnages misérables, comme l’est notre condition humaine, en train d’attendre Godot. C’est le nom donné au sens de la vie. Du moins à un sens de la vie qui serait offert à nous, comme un présent qu’il nous suffirait de déballer et d’apprécier. Mais Godot ne vient pas, et pendant ce temps les personnages s’occupent à se chamailler pour supporter leur peur et combler le vide. Si les personnages du Maître et de l’esclave, tout à leur jeu propre, qui ajoute de l’absurde à l’absurde, sont là, il manque à la pièce un personnage : celui qui nous inquiète tant en notre époque, allant chercher un sens radical dans un texte tombé du ciel, qu’il va interpréter pour combler son angoisse et légitimer l’expression de ses pulsions de mort. L’artifice est trop grossier pour moi. Je n’irai pas chercher Godot par-delà les nuages.

 

Nous ne rencontrerons jamais Godot sur son propre chemin, venant à notre rencontre, c’est à craindre. Les religions de salut terrestre ont existé, et ont échoué.

Alors ?

Alors Godot ne peut qu’être le fruit de la création. Il ne peut être, selon ce concept génial de Freud, que « sublimation ». Il ne peut être que ce dessin sur le sable de l’enfant créateur dont Zarathoustra parle par la main de Nietzsche. Ce n’est que par la création, et son partage, qui relie les humains, qu’un sens peut être donné à cette vie dont même la science concède, après avoir elle-même abandonné ses illusions, qu’elle ne pourra se dire à nous dans une vérité qui serait pareille à un soleil : éclatante, éclairante sans qu’on s’en préoccupe, rythmant nos jours. Nous avons certes connu Godot. Platon l’imagine dans « le banquet » comme cet être double, unifié, dont nous vivrions la mélancolie après sa division. Plus prosaïquement nous pouvons penser que Godot, c’était nous avant d’être nous. Avant la séparation. L’entrée dans le monde à la naissance, puis cette avancée vers le Moi. Irréversible. Parfois tellement douloureuse qu’elle laissera des séquelles terribles. C’est cette mémoire de Godot qui nous touche lorsque nous sommes face à un coucher de soleil sur l’océan et que tout nous paraît harmonie.

La culture et les arts, ce n’est pas le superflu. C’est bien l’essentiel en ce sens. Et les plus démunis des démunis le savent. Il s’en remettent toujours à la culture. A quoi pensait Charlotte Delbo dans son camp d’extermination ? A Phèdre qu’elle apercevait dans la brume, derrière les barbelés.

Ce blog est donc un blog culturel. Un blog qui va à la rencontre du seul Godot possible, en dehors des projections hallucinées vers d’arrière mondes dévoués à notre instrumentalisation bien terrestre. Il est le successeur d’un premier blog, « www.mesmilleetunenuitsalire.over-blog.com », qui était uniquement dédié aux lectures (et où vous pourrez toujours trouver près de 300 articles offrant une lecture personnelle des œuvres les plus diverses).

Mais les livres ne sont pas les seuls moyens de sublimation, fort heureusement. L’auteur du blog que je suis, Jérôme Bonnemaison, simple individu se nourrissant de culture, a donc aspiré, un jour, à parler de Godot recréé par tous les angles possibles, en tout cas accessibles pour lui.

Je vous invite ainsi à le rencontrer, ce Godot là, dans ce nouveau Blog élargi à tous les arts. A ne plus l’attendre. A aller vers lui. Sa forme est décelable dans les paroles, les sons, les images, des créateurs et penseurs. Nulle part ailleurs à mon sens.

Godot, vous verrez, a de multiples atours. Pas simplement son habit de gala. C’est aussi le regard, peut-être d’abord le regard, qui modèle Godot. Tout l’art contemporain tourne autour de cette question. En tout cas il est néant sans l’œil qui l’observe. La culture ici, ce ne sera pas simplement ce que la légitimité instituée pose comme culture légitime. Godot pourrait vous surprendre. Il voyage parfois en des lieux insoupçonnés.

Publicités