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Comme elle a voulu – « Susan Sontag » – biographie – Béatrice Mousli

sans-titreBéatrice Mousli a donc le mérite de réaliser la première (et consistante) biographie française de Susan Sontag. Une biographie pourtant à l’anglo saxonne (Mme Mousli enseigne aux Etats-Unis), exhaustive, dense, chronologique. Peu analytique. Sans doute a-t-elle voulu établir la biographie de référence. Mais à mon sens c’est une erreur d’avoir choisi cette option (ceci n’enlève rien à mon plaisir d’avoir lu cette biographie, je précise). Car la vie de Susan Sontag, en elle-même, en tant que « monade » d’une certaine façon, n’est guère passionnante, enfin ce n’est pas celle d’Hemingway ou de Malraux. Elle n’est pas un personnage de roman, même si elle vit pour la littérature. C’est un personnage exceptionnel mais peu épique, si l’on excepte sa réalisation d’une pièce de théâtre dans Sarajevo assiégée.  Mais elle fait partie d’une génération exceptionnelle, et révolutionnaire. Et elle y a compté, comme symbole et étincelle. Aussi l’auteure, tout occupée à nous donner des détails personnels, a peut-être manqué ce qui aurait pu élever le projet : inclure la vie de Sontag dans celle d’une génération. Celle de la gauche américaine du baby-boom et de la contreculture qui arrive à maturité avec les années soixante. En suivant de trop près Sontag, sans élargir le plan, on rate cette perspective, même si on la frôle, et c’est peut-être bien dommage. J’aurais aimé voir Susan Sontag dans des interactions plus révélatrices. Quand elle lutte contre la guerre au Vietnam par exemple. Une biographie est l’occasion d’un point de vue sur une époque, et cela la biographie de Béatrice Mousli, trop dépendante de son objet précis, le manque à mon sens. Mais peut-être, après tout, en se conçentrant sur l’objet, le reflet du monde est-il aussi perceptible.

 

J’ai lu cette biographie car évidemment Susan Sontag me plaît et m’inspire, de par sa manière d’échapper à un certain nombre de classifications, par son appétit intellectuel sans frontière, elle qui fut critique, essayiste, nouvelliste, romancière. J’ai lu trois livres d’elles, un roman, un essai (sur la photographie), et un livre d’entretiens, j’ai croisé sa pensée dans d’autres livres, et je la retrouve telle que je l’imaginais dans cette biographie. Il est incroyablement scandaleux que son essai sans doute le plus marquant pour les américains n’a pas été traduit, encore, en France, pays qui était sa seconde patrie. Pour lire « Against interpretation », où elle s’oppose à une vision trop herméneutique de la critique, qui a pour fonction selon elle de stimuler l’appétit des sens du futur lecteur, il faut lire l’anglais. C’est l’occasion de dire que l’édition « non fiction » comme on dit de nos jours semble en crise en France, et notamment dans le domaine international.

 

C’est une femme qui ne fait pas grand-chose pour se rendre sympathique, et qui a décidé, quel qu’en soit le prix, de vivre de la pensée, de tout engager dans le cycle de la pensée. En lisant, en écrivant, en voyant et tournant des films, en montant des pièces. Et en défendant ses idées quand elles étaient en cause dans le monde. Un point c’est tout. Susan Sontag , qui certes contourne les institutions (mais pas toutes, elle se consacrera beaucoup à animer le « Pen club », réseau international des écrivains, et notamment pour soutenir Salman Rushdie), est loin d’être une auto didacte puisque sa base intellectuelle a été confortée à l’université en amérique, en angleterre, en France.

 

Elle a tout de cette « bobo » et de cette intellectuelle de gauche qui est devenue presque la figure de sorcière de notre époque néoconservatrice (ceci étant même les populistes de gauche détestent les dits « bobos ». Une telle unanimité contre soi veut sans doute dire qu’on a de l’intérêt). Comme les « bobos » d’ailleurs, mot dont la première syllabe est souvent fantasmée par leurs détracteurs, elle a vécu très longtemps relativement pauvre, sa notoriété relative dans les milieux cultivés ne la nourrissant pas, et ce n’est qu’à la fin de sa vie qu’en vivant avec Annie Leibowiz, la photographe, elle a vécu plus dans l’aisance. Sinon, peu encline à la vie universitaire, elle ne finira pas sa thèse, elle qui sera ensuite Docteur honoraire de multiples universités, écrivant des œuvres exigeantes sans préoccupation commerciale, refusant de multiples sollicitations, elle sera à la fois qualifiée d’hautaine tout en connaissant les difficultés d’une vie sans matelas financier quelconque.

Elle a tout pour agacer. Elle est juive, le dit, mais pas religieuse, et elle n’est pas manichéenne sur la question d’Israel, tout en défendant clairement les droits des palestiniens. Elle est américaine, californienne puis new yorkaise typique, mais aime passionnément l’Europe dont elle s’est fait, avant la « french theory » la passeuse culturelle aux Etats-Unis, ce qui ne manque pas de faire grincer des dents. Elle se méfie de la photographie à l’heure où celle-ci est célébrée comme un art.

Elle est bisexuelle (enfin, plutôt tournée vers les femmes), mais ne le clame pas ni ne le cache, ne donnant pas aux identitaires le porte-drapeau qu’ils voudraient (déjà). Elle est intellectualiste et l’assume intégralement. Et en plus on ne peut pas lui reprocher de se planquer derrière de belles idées, au vu de ce qu’elle a fait à Sarajevo, pas pour un simple aller-retour mais dans la durée. Elle va même à rebours, avec ses livres sur le cancer et le sida, de la psychologisation à la mode en rappelant qu’une maladie est avant tout une maladie et non une quelconque métaphore. Personne ne peut préempter Sontag.

 

Susan Sontag ne « lâchait pas prise » comme nous le conseillent les manuels de développement personnel et de sagesse portative. Oh que non. Elle était déprimée, régulièrement, et tomba malade deux fois d’un cancer, le second l’emportant. Elle a choisi la pensée plutôt qu’un certain bonheur. Ou bien sa part de bonheur de toute manière passait par cette voie.

Elle lit jusqu’à dix livres par semaine, mais elle ne pourrait pas vous aider à justifier votre peur de voyager en disant que lire c’est le don d’ubiquité. Parce qu’elle passe son temps à voyager, en réalité.

Elle est un peu peine à jouir, Sontag.  Par exemple sa vie démontre que la première chose à faire, quand on prétend parler, c’est prendre le temps d’étudier l’immense patrimoine de pensée disponible, en n’oubliant pas qu’on n’est pas tout seul sur terre, idée presque obscène au temps des « you tubers » et où l’on réforme le bac sur le principe de réduction des épreuves écrites, donnant à la forme une priorité évidente sur le fond (au bluff sur la consistance, à mon sens).  Sontag, jeune, s’était concocté un programme de lectures. Elle avant conscience de la nécessité de maîtriser les grands courants de la pensée occidentale, de connaitre les grandes œuvres de l’esprit, avant de dire son mot. Elle est morte en 2004, au moment de l’émergence de Facebook. Bon choix.

D’ailleurs, la dynamique de l’œuvre de Sontag est en elle-même intéressante. Elle a du mal à oser se frotter à la fiction (aujourd’hui tout ancien Ministre s’essaie au roman). Elle qu’on dit hautaine, car on confond hauteur de vue et attente des hauteurs avec le pédantisme, n’ose au départ que des incursions dans la pensée critique, puis dans la nouvelle, puis dans le roman expérimental. Il lui faudra du temps pour se donner le droit de tenter la grande fiction. Susan Sontag n’a pas été immensément prolifique, car elle a continué toujours, à lire, à regarder, à contempler. Toujours sa priorité. Se nourrir des œuvres d’autrui. Le contraire d’un narcissisme vulgaire qui lui a été accolé.

Même sa manière d’être mère est déconcertante. Elle délaisse clairement son fils pendant les premières années (après s’être mariée avec un universitaire, qu’elle connaissait depuis un jour, et avec qui en plus elle restera assez longtemps !). Mais la relation avec ce fils s’enrichira jusqu’à en faire de grands complices intellectuels et politiques. Susan Sontag déjoue, donc. C’est une manière d’illustrer la possibilité de la liberté.

 

Susan Sontag a été admirée, utilisée assez tôt comme icône, mais aussi très critiquée. Il est intéressant de voir que même chez les intellectuels progressistes qui écrivaient à son sujet de son vivant, et qui ne manquaient pas de l’attaquer sur le fond et la forme de ses écrits, il y avait un passage obligé sur sa manière de s’habiller, de se tenir, d’être sur les photos. C’est encore le cas aujourd’hui. Quand une femme fait le choix de la pensée, de l’action, on essaie toujours, même par la bande, de la ramener à des critères qu’elle a tout à fait le droit de répudier. Susan Sontag était grande et belle ? Et alors ? Susan Sontag est d’une génération qui a essuyé les plâtres, sans trop en souffrir. Ce qui lui importait était trop grand pour être atteint par de telles escarmouches. La meilleure réponse aux médiocres qui incapables de porter le fer sur le fond ressassent des vieilles méthodes éculées pour discréditer, c’est l’œuvre. Ceux qui ont éreinté Susan Sontag ont pour la plupart disparu dans les gouffres de la petite histoire. Alors que l’œuvre de leur cible agaçante éclaire encore les jeunes générations qui cherchent l’exigence de pensée.

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Briser les atomes – « Traverser les murs », Mémoires de Marina Abramovic – paru dans la Quinzaine Littéraire

447032231_960Il est bien malaisé de trouver phrase plus galvaudée que celle  de Nietzsche selon laquelle il s’agit de « faire de sa vie une œuvre d’art ». Pourtant la formule usée n’a rien d’un slogan snob quand elle est illustrée par la vie de Marina Abramovic, narrée dans ses stupéfiants mémoires : « Traverser les murs ».  Cet article pourrait consister en litanie de superlatifs, tellement ce parcours est impressionnant et a laissé l’auteur de l’article admiratif. Ce livre, écrit avec l’appui assumé d’un auteur, n’a pas une valeur littéraire particulière, il est du moins très clair, ce qui en soi est une qualité remarquable. C’est néanmoins une expérience de lecture qu’on ne saurait trop conseiller à qui veut respirer un grand bol de vie et se convaincre des potentialités magnifiques de l’art de notre temps, dont certains doutent, avec force arguments.

 

Fille de deux partisans héroïques de la résistance yougoslave, la plus coriace d’Europe, nourrie de force mais aussi corsetée par cette famille de la nomenklatura titiste, dysfonctionnelle, Marina, qui naît juste à la fin du conflit mondial, ressent le besoin impérieux de sublimer et laisse éclater son  inépuisable énergie, très vite, à travers  l’art. Ce n’est pas seulement à ses yeux une pratique mais la colonne vertébrale de son existence, et à aucun moment elle n’a douté du sens de sa présence ici-bas. Il s’agira de créer. Rien ni personne ne pourra s’opposer à la marche de la fille de partisans.

 

Elle multiplie alors, d’abord seule, puis longtemps avec son compagnon hollandais, seule encore ensuite, avant de beaucoup transmettre aussi à des plus jeunes à travers son Institut, des performances ahurissantes d’engagement. Elle y plonge corps et âme (qu’elle ne dissocie jamais, en une sorte de spinozisme radical) à la rencontre de sources d’énergie humaines supposées, et de nouveaux états de conscience, atteints en particulier par l’acharnement à l’exercice, le dépassement de la douleur et des limites de l’endurance.

 

A chacune de ses performances, dont elle raconte – et c’est passionnant- la préparation, les aspects techniques, enjeux de conception, elle interroge des questions essentielles posées à l’humanité. Des thèmes obsédants, fondamentaux, jamais anecdotiques ou relevant de ces « misérables affaires privées » dont se moque Deleuze dans l’abécédaire, reviennent durant toute une vie de création, relancée par des rencontres, des croisements artistiques (avec Bob Wilson par exemple).

 

L’amour est-il créateur d’une troisième entité, au-delà du couple, dégage-t-il une énergie particulière, rassemblant des énergies proprement  humaines dont nous pouvons rechercher les traces par l’art ?

 

Pouvons-nous percevoir, par la déstabilisation des sens, d’autres niveaux de réalité ? Question classiquement soulevée par les artistes, mais que Marina Abramovic n’a pas hésité à affronter avec son propre corps, en se mettant en danger et surtout en affrontant la douleur et son dépassement.

 

Quels spectacles sommes-nous disposés à subir ? Quand prendrons-nous nos responsabilités ? Marina Abramovic n’a pas hésité à créer une performance proposant des dizaines d’objets au public, autorisé à en user comme bon leur semblerait sur elle, jouant le jeu jusqu’au bout pour interroger les comportements induits.

 

Jusqu’où peut-on aller profondément, juste ici et maintenant ? Ce choix du présent nous transforme-t-il ? Laisse-t-il entrevoir de nouvelles formes d’existence ?

 

Et elle n’hésite pas à aller frontalement à la rencontre des cultures qui ont cherché des réponses à ces interrogations. La culture tibétaine, ou bien celle des aborigènes pour qui passé, présent, futur, sont déjà ou encore là.

 

En recherchant sans cesse ses propres limites, quitte à marquer son corps à vie, s’évanouir, à saigner, elle interroge la notion même de limite, la reconsidère comme une frontière possible vers d’autres contrées. A chaque expérience elle brise les cloisons entre l’art et la vie, entre les cultures qui semblent les plus étrangères, ou encore entre le réel et la représentation, clamant que l’art est un moyen de transformer l’existence, et non un caprice esthétique.

 

C’est ainsi qu’elle en a traversé des murs, elle la yougoslave très ancrée dans son ascendance, et en même temps artiste universelle qui ne se paie pas de mots. Marina Abramovic est par sa vie l’exemple même d’une identité qui n’oppose pas, loin s’en faut, sa certitude de l’ « enracinement », au sens de Simone Weil, au sentiment d’appartenir à une humanité sans frontière. Elle a vécu sur tous les continents, a été la seconde personne (le gouvernement chinois lui barrant la route à la première place devant son projet…) à parcourir une bonne moitié de la muraille de Chine à pied, elle a vécu dans le désert australien et auprès des chamanes brésiliens, dans l’intelligentsia new yorkaise. Mais elle se sent toujours une femme slave.

 

Ces mémoires sont spirituellement très riches, mais ne se réfugient jamais dans le verbiage à portée des artistes contemporains, tout au contraire. La simplicité du propos va de pair avec l’ambition ontologique très élevée de l’œuvre d’art, affaire d’une vie, jusqu’à explicitement refuser d’être mère pour se consacrer à l’œuvre.

 

Quelle figure attachante que cette femme gorgée d’empathie (ce qui désamorce le scandale, semble-t-il, systématiquement, autour d’elle) qui a choisi l’art quel qu’en soit le prix possible, car ça passe souvent ou ça casse, et très longtemps la contrepartie ce fut la pauvreté, l’incompréhension de sa famille ! Drôle aussi, quand on la voit, elle qui osa performer nue dans la Yougoslavie titiste, être en même temps très fleur bleue voire on ne peut plus conformiste dans ses conceptions de la vie de couple.

 

Avec Mme Abramovic l’art contemporain a conservé toutes ces années une capacité à frapper le cœur de tous. Une dimension humaniste au sens le plus fort, primaire presque, du terme, qui ne peut laisser indifférent. Comme quand dans cette performance, « The artist is present », elle fait face pendant trois mois à des milliers de gens simplement assis silencieusement un à un face à elle, laissant surgir les lames les plus profondes, révélées par la stupeur d’être là.

 

Son œuvre est conforme au paradigme de l’art contemporain, et pourtant elle le tire de ses ornières habituellement déplorées par une certaine critique (« l’art c’était mieux avant » pour faire court). Dès sa jeunesse elle a senti que le cadre d’un tableau, la dimension d’un objet, étaient trop étroits pour ses ambitions nucléaires. Née avec l’ère atomique comme si ce n’était pas fortuit, elle déploie son énergie dans un espace mobilisant toutes les dimensions et lui permettant de fracturer les cadres incontestés. De briser les atomes pour dégager l’énergie. La forme de la performance le lui a permis. Elle a ainsi porté cet art éphémère à sa plus sublime expression. La radicalité n’a pas été pour Mme Abramovic une coquetterie mais un moyen d’aller au-devant de ses hautes ambitions spirituelles et communicationnelles.

 

Voici une rencontre possible, une vraie. Sidérante plutôt que choquante. Marquante plutôt que scandaleuse. Certes vous n’aurez peut-être pas la chance de la voir yeux dans les yeux, dans une salle du MOMA , mais vous pouvez la côtoyer à travers les pages de ce livre étonnant. Bienvenue dans l’explosion Marina Abramovic.

 

Jérôme Bonnemaison

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Le plaisir de fréquenter un peu le grand Molière – « Tel était Molière », Georges Poisson

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La phrase « tout est politique » est mal comprise. Tout a une part de politique, sans doute, tout nous relie, mais tout n’est pas réductible à la politique, tout ne doit pas relever de l’affrontement politique, du volontarisme des pouvoirs, de la manipulation propagandiste ou de la force de la Loi. On reparle en ce moment du rapport entre l’œuvre et l’auteur, entre l’œuvre et l’auteur d’un point de vue moral, par instrumentalisation politique, à mon sens terriblement réductionniste.  On revoit malheureusement, à mon sens, ce qu’on pensait disparu avec l’esprit de censure réactionnaire, comme des manifestations demandant d’interdire une œuvre à cause des opinions ou pis, du comportement intime d’un auteur. Un metteur en scène infâme avec les femmes devrait voir ses films mis au pilon, nous dit-on, ce qui est une manière de se permettre d’interdire une œuvre, de briser ce tabou de la liberté créative, durement payé. Manière aussi, de s’en passer, des œuvres, et d’en rester à la pauvreté des préjugés et des jugements préconçus.

 

Il est absurde d’assimiler une œuvre à une biographie et de la réduire à un objet moral ou politique d’ailleurs.

Par contre, pas plus que l’amour n’est une flèche d’un ange tombant ici et là au gré de ses caprices, une œuvre ne tombe pas des nuées comme la foudre pour frapper au hasard (même la foudre ne le fait pas). L’œuvre éclaire la vie, la vie éclaire l’œuvre, bien entendu.

Proust a beau avoir raison contre Sainte Beuve, et une œuvre puise dans le secret de l’imaginaire, elle n’est pas réductible à un mécanisme biographique. Il n’empêche qu’un auteur est de sang, de chair et d’émotions, de douleurs de désirs et de joies, de passions, de vécu. Sa plume trempe dans l’encre de ses jours. La vie d’un auteur n’obère pas le mystère de la création. Mais elle permet de s’approcher du foyer où elle crépite.

 

Découvrir la vie d’un auteur, c’est aussi l’apprécier un peu plus, apprécier ses œuvres par un autre versant éclairé. Comme avec Molière, que l’on peut accompagner sa vie durant avec « Tel était Molière », de Georges Poisson, biographie précise, qui se démarque par le sens du patrimoine et des lieux de son auteur, permet d’ancrer le souvenir de Molière dans Paris ou ailleurs, à Pézenas, à Versailles naissant, à Vaux.

 

La vie de Molière est aussi, par sa narration, un moyen d’agiter le souvenir d’une France qui se recompose sans cesse, se transforme, se recrée. Il hante des lieux de son souvenir, mais les fantômes n’ont pas l’air qu’ils avaient de leur vivant. C’est une biographie d’Historien autant que de lettré. Mais d’Historien attaché à la pierre, à ce qu’elle laisse ressentir du passé lointain, sans illusion sur ce qui est dilapidé pour toujours. Le souci d’ailleurs, de la vie de Molière, c’est qu’elle manque, étonnamment au vu du rôle officiel de Molière, d’archives. Il faut au biographe un grand sens de l’hypothèse, et de l’autoanalyse pour ne pas romancer et trop verser dans le romanesque.

 

L’autre parti-pris de cette biographie là c’est d’insister sur l’importance des rapports entre Molière et Louis XIV, sans les idéaliser, mais justement en restituant ces liens dans leur équilibre (il rappelle notamment le rôle central de la fonction assez méconnue de Molière, héritée de son père, de valet de chambre du Roi, qui l’installait dans son intimité) mais  aussi dans leur caractère fondamental pour la vie de Molière.

 

C’est que Molière vit lors de l’installation de l’absolutisme d’après la Fronde. Il doit faire avec. Pour exprimer son génie il doit composer avec les grands protecteurs, et comme son génie est le plus grand de son temps, qui n’en manquait pas, c’est auprès du plus grand qu’il pourra trouver la garantie nécessaire. Molière acceptera d’être l’outil du Roi, comme d’autres, et notamment Lully, qu’il crut longtemps son ami mais qui le trahira, peut-être jusqu’à écourter sa vie en atteignant sa santé déjà faible. Molière sera très proche du Roi, qui le soutiendra souvent, mais il n’en sera pas l’ami, car le Roi n’avait pas d’ami, simplement des serviteurs.

 

Il est particulièrement émouvant de voir cet artiste géant, et d’autres, obligés d’en passer par le contrôle politique, sous peine de se taire à jamais, tout en trouvant le moyen de signifier ce qu’ils avaient à exprimer, envers et contre tout. Marcher sur la crête, ou sur le fil de l’épée, est partie intégrante de leur génie. Molière savait trouver la bonne vague pour sortir ses banderilles. Il frappait telle ou telle catégorie quand la fenêtre politique le permettait. Ce n’est qu’avec Tartuffe qu’il s’est un peu trompé, temporairement, faisant les frais de la tension entre le Roi, le jansénisme, les dévots, le Vatican. S’il fait des concessions, s’il répond au injonctions royales, c’est sur la forme, le genre, mais il ne cédera jamais sur son intégrité artistique. Le Roi qui n’était pas un grand intellectuel, mais aimait par dessus tout les artistes, savait d’instinct, lui-même danseur, qu’il ne fallait pas trop se mêler de la création d’autrui, et préfèrera instaurer une sort de dialogue avec eux.

 

Tout cela ne pourra pas durer. La main de fer, même bienveillante, mais toujours à la menace planante, ne sera plus supportée. Elle éclatera un jour, sous les coups de tant de talents étouffés par une société pré ordonnée.

 

Molière est tout sauf un opportuniste. Il prendra au système ce qui est nécessaire, mais il ne se cachera jamais contre des coups dont il savait qu’il ne pouvait, en plus, les supporter, lui le sensible, ce qui le rend infiniment attachant. Rien ne lui demandait, sinon les nécessités de l’esprit, de réaliser Tartuffe et de subir l’interdit, malgré le Roi qui cette fois-ci dut composer.  Il aurait pu précocement quitter la scène, et le sort méprisé de saltimbanque, qui lui coûta un enterrement infâmant d’ailleurs, pour la gloire de l’auteur reconnu, sans doute l’Académie française. Mais il n’abandonna jamais les siens, qu’on connaît mieux grâce à une biographie comme celle de Georges Poisson. Ceux ceux avec qui il tenta longtemps avant sa gloire d’ouvrir un théâtre à Paris, dans le Marais, échouant, puis auprès desquels il écuma la province pour gagner son pain. Avant d’être croisé par le Roi et de devenir le comédien et l’auteur le plus glorieux du Royaume.

 

Molière n’allait jamais trop loin, mais autant qu’il le pouvait. Son sens psychologique le poussa a créer cette alternance entre la farce et la comédie sociale, ménageant la capacité de la société à supporter ses audaces, tradition qui est encore à l’œuvre dans cette Comédie Française qui reçut son héritage, et existe, juste à côté de ce Palais Royal dont Molière reçut la jouissance pour sa troupe.

 

La haine qui le visait, de la part des dévots et des jaloux que ne manque pas de susciter le génie, ne le découragea jamais. Simplement parce qu’il ne pouvait pas faire autrement que d’écrire ces rôles de comique de caractère, fustigeant les défauts de ses contemporains, bien au delà de ses contemporains.

 

La biographie de Molière, qui permet d’éclairer ici et là son œuvre mais jamais de l’enfermer dans quelque déterminisme, le génie créatif consistant justement à inexplicablement créer de l’inédit à partir d’un immense sens d’observation, est une incursion possible parmi d’autres dans cette époque si particulière où s’installa une spécificité française, l’absolutisme royal, humiliant les aristocrates, les châtrant même (l’évolution de l’art de la guerre aussi l’explique), tout en instrumentalisant une bourgeoisie symboliquement méprisée, (comme Molière le fils de tapissier fructueux) qui détermina fortement le sort de la France, en empêchant notamment certaines formes de compromis social.

 

Le résultat fut que c’est par une explosion immense que la France se sortit de la royauté, et que la France c’est avant tout l’Etat, ce qui marque encore le pays profondément aujourd’hui. On sait combien la culture joua un rôle majeur dans la construction de cet absolutisme là, et Molière en fut un outil primordial.

 

Il mourut en sentant sa disgrâce arriver, non pas qu’il ait fauté, mais parce que l’évolution du règne de Louis en appelait à d’autres formes artistiques. Il reste que Molière, qui connut la gloire et la réussite financière fut reconnu comme auteur de son vivant, ne sera jamais oublié ou mis entre parenthèses. Son œuvre accéda au rang d’une véritable mythologie dont nous, écoliers de la République depuis des générations, sont les dépositaires. Molière est éternel. Son universalité implique d’ailleurs des dialectiques, voire des contradictions (entre le moraliste Don Juan et l’anticlérical Tartuffe par exemple, entre le Molière parfois féministe et le misogyne des Femmes savantes). Chaque génération le joue et le jouera, capable de le reformuler, car ce qui est universel est par là même, toujours réinterprété. Il mérite bien qu’on se penche un peu sur sa vie, qui ne manque pas d’être tout aussi extraordinaire que son talent de comédien, d’organisateur de fêtes, de dirigeant de troupe, d’auteur, d’inventeur de genres.

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L’artiste peut transformer les défaites en victoires – « L’ombre d’une photographe, Gerda Taro » – François Maspero

gerda-taro-pohorylle1Je voulais en savoir un peu plus sur la figure de Gerda Taro, Gerta Pororylle de son vrai nom de juive allemande exilée en France, grande photographe de guerre pendant le conflit espagnol, auprès de son compagnon Robert Capa (André Friedmann).

Leur courte aventure amoureuse et artistique est fondatrice du reportage photo, elle est féconde en réflexions sur le rapport de la politique à l’image, à l’art plus largement. La belle Gerda Taro, femme libre s’il en fut, est morte à vingt sept ans. Sans ses photos et celles de Capa, qui longtemps furent mélangées,  la guerre d’Espagne n’aurait sans doute pas marqué autant l’opinion de son temps, suscité une grande solidarité internationale, et occupé une place aussi importante dans les imaginaires plus tard. La place de l’écrit déclinant, ce qui n’a pas son image tend à disparaître, purement et simplement. Certes, l’image est parfois une caricature, une ombre vide, comme un tatouage de che guevara sur une épaule d’un motard, mais elle peut aussi être le lien authentique vers les trésors du passé.

J’ai constaté que François Maspero, dont le rôle d’éditeur fut proprement historique en France, et à ce titre compta vraiment dans l’histoire des idées de notre pays, ‘auteur de très belles mémoires que j’ai aimées, avait consacré un portrait à Gerda Taro.

gerda-taro-03« L’ombre d’une photographe, Gerda Taro« , est bien un portrait et non une biographie. Maspero aurait rêvé de pouvoir rencontrer Gerda vieillie, si elle n’avait pas été écrasée absurdement par une perte de contrôle d’un char républicain lors de l’échec de la contre offensive de Brunete, pour désenclaver Madrid, alors qu’elle avait évité les balles sur le front, où elle était au plus près des guerilleros. Avant de mourir, elle aura réussi à rendre compte d’une victoire républicaine, certes éphémère, dans une bataille. Elle meurt en 1937, s’épargnant la déconfiture, et peut-être les camps français, où elle aurait été internée en tant qu’allemande antifasciste et peut-être livrée aux allemands.

Longtemps Gerda Taro sera subsumée par l’oeuvre de Capa, l’exilé hongrois, non pas une « recup » de sa part, mais parce qu’à l’époque ils ne s’obsédaient pas des droits d’auteur mais défendaient une cause. Plus tard, Capa, qui meurt en Indochine, en suivant un conflit qui devait le dégoûter, donnera bien des gages de son admiration pour celle qu’il aima passionnément. Nombre de photos étaient signées Capa et Taro, sans qu’on sache qui les avaient prises. Mais après sa mort, la signature de Gerda a été enterrée sous la catégorie « agence Capa ».

220px-RepublicanWoman1936GTaroAvant de défendre, appareil photo à la main, l’Espagne républicaine, Gerda Taro avait résisté en Allemagne nazie, distribuant des tracts, incarcérée.  Elle s’en sort grâce à un passeport polonais, et part pour la France où elle rejoint toute l’intelligentsia progressiste allemande, alors appuyée par leurs confrères français. C’est Clara Malraux, à l’époque soutien indéfectible des exilés, qui a aidé Gerda Taro à s’installer.

Elle va rencontrer Capa-Friedmann, hongrois déjà connu pour le premier photo reportage sur Trotsky (contre son gré).  Deux ans d’amour commencent, loyaux mais pas forcément fidèles, des deux côtés. Ces gens tiennent avant tout à leur liberté, chacun en pense ce qu’il veut.

taroTaro a une idée de com’ ultra moderne : créer une légende autour d’un fameux  » Robert Capa », photographe américain censé être très célèbre. L’idée, qui tient du bluff total, booste l’activité de son compagnon. Gerda, elle, devient le pivot d’une agence. Elle s’initie à la photo et apprend très vite.

Ils filent en Espagne dès le début de la guerre civile, et deviennent les principaux fournisseurs de clichés qui font le tour du monde, aussi bien des photos de la population civile que du front. Capa prend la photo la plus célèbre de la guerre, celle d’un républicain fauché en plein assaut, sortant d’une tranchée. Ils sont choyés par la presse communiste française (« Regards », « Ce soir »), influencée par l’agent argenté du Komintern que fut le redoutable Willy Muzenberg, qu’ils ne semblaient pas connaître (mais ils fréquentaient Koestler, un de ses principaux collaborateurs). Mais les photos circulent dans le monde entier, et les deux photographes nouent des relations élargies.

Les staliniens essaieront de récupérer la figure de Taro, martyre. Mais rien ne prouve qu’elle ait véritablement frayé avec eux. Elle a plutôt suivi leurs ennemis de la gauche non communiste pendant un temps sur le front (les anarchistes, le POUM). Certes, elle s’adapte et continue de soutenir les républicains quand les communistes prennent la direction des opérations et épurent l’armée.

Mais il était presque impossible, à cette époque, de ne pas frayer avec les communistes d’une manière ou d’une autre en Espagne, et dans le milieu antifasciste européen. Rien n’indique que Taro et Capa aient été affiliés à l’Internationale Communiste, ni à quelque autre mouvement d’ailleurs. Ils étaient de gauche, c’est certain. Mais libres. Leur manière d’agir était de rendre compte par le geste photographique, de la souffrance du peuple en guerre, de l’engagement des soldats. Leur présence sur le front était d’ailleurs fort appréciée par les troupes. La qualité des photos qu’ils ont produites, insiste Maspero, n’aurait pas été possible sans un préalable de confiance nouée.

taro2On peut douter du fait que Gerda Taro, libre, séductrice, animée par le gout du jeu, ait été attirée par l’odeur de rond de cuir dégagée par les agents staliniens.  Elle qui admirait par dessus tout John Dos Passos, dégoûté, rompant avec Heminghway le suiviste, de la ligne des communistes en Espagne.

L’oeuvre de Taro, celle de Capa, sont à la base d’une utilisation nouvelle, « choc », de la photo dans la presse, pour le pire et le meilleur. Les petits appareils comme le Leica le permettent. C’est l’époque d’un enthousiasme autour de la vérité censée être offerte aux masses par la photo. Comme en témoigne notamment les écrits de Walter Benjamin. La critique viendra plus tard (de l’optimisme de Benjamin à la dureté de Susan Sontag quelques  décennies plus tard, on mesure un immense fossé). Les possibilités manipulatrices de la photo n’ont pas encore été décelées, sauf par certains magnats blancs ou rouges. On insiste plutôt sur l’intérêt du témoignage direct, qui impressionne. Bientôt, à Iwo jima comme à Berlin on montera de toutes pièces des scènes de photographie lyriques (les drapeaux hissés).

A cette époque, les photos de Taro et Capa n’échappent pas à un certain lyrisme, qui fleure le « réalisme socialiste ». Mais il serait anachronique de leur reprocher, alors que ces dérives n’ont pas encore adopté leur forme systématique. On ne peut présager de l’évolution d’une oeuvre qui n’a pas pu se poursuivre. D’autres artistes ont su se remettre en cause, eux aussi enthousiasmés naïvement.

gerda-taro4Les républicains ont perdu la guerre. Leurs squelettes, par dizaines de milliers, dorment sous la terre d’Espagne. On les déterre et on polémique sur le passé, pour oublier parfois, comme le dit l’écrivain Molina, l’indigence politique du présent. Qui nous a légué la mémoire de ces hommes et de ces femmes ? Qu’est -ce qui fait que des jeunes femmes kurdes se battent contre Daesh en évoquant l’exemple de leurs ancêtres d’Espagne ? Les artistes. Et ce qui a survécu des artistes, c’est ce qui était proprement artistique, c’est-à-dire irrémédiablement libre. Les oeuvres bureaucratiques édifiantes n’ont pas survécu. C’est pourquoi Taro survivra dans ses photographies. Avec le temps, les défaites les plus lourdes, les plus terribles, contre les chemises noires, contre la terreur moscovite, se mettent parfois à ressembler à des victoires. Contre toute attente. Il faut croire, même quand on est matérialiste philosophiquement, aux forces de l’Esprit.105247199_o

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Le Prophète Mélancolique -« Pasolini » – René De Ceccaty

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C’est un étrange concept éditorial que ces biographies directement éditées en poche par Folio. Trop longues et « up » pour être des moyens de toucher un public très éloigné du sujet, trop courtes pour permettre d’entrer à fond dans des vies qui pourraient vous passionner. Mais ça doit fonctionner, sinon Gallimard n’aurait pas persisté, j’imagine.

 

Pour le fasciné de Pasolini que je suis, la biographie talentueuse de René de Ceccaty, dans ce format de 250 pages, ne pouvait que me laisser un peu frustré. Même si elle est claire, juste, touchante, fort bien écrite. Mais on voudrait plonger, plonger plus encore, après avoir lu le livre en deux jours. Plonger dans les abysses d’un personnage qui devaient les fréquenter bien souvent. Par la pensée et le corps. Il faudra une autre biographie, plus obsessionnelle. Plus exhaustive, à l’anglo-saxonne.

 

« Pasolini » de René de Ceccaty insiste sur le réalisateur de cinéma et sa conception de l’art, sur son apport par exemple en matière de mise en scène, par l’introduction de la subjectivité arbitraire et de l’expression d’une présence filmante (dérivations de la caméra qui témoignent d’un tiers).

 

Il était paradoxalement, bien qu’artiste total et transverse, de ces cinéastes qui pensaient que le cinéma n’est pas un succédané de la littérature. C’est un art qui offre une voie d’accès unique, inédite, vers la vérité. Une vérité à laquelle le mystique (et communiste, malgré l’assassinat de son frère par les communistes) Pasolini croyait, et qu’il voulait approcher en éliminant les médiations autant que possible (d’où l’attirance pour la poésie et la force directe de l’image).

 

Le livre insiste aussi sur ses tourments intimes gravitant autour de la culpabilité sexuelle. Moins sur les aspects de l’engagement politique de Pasolini et sur ses intuitions très précoces sur le capitalisme tardif. C’est peut-être dommage, mais il y a un format. Est-il raisonnable d’imposer aux écrivains des formats ? Je pense que non.

 

J’y ai appris un certain nombre de choses évidemment, même si j’en savais assez pour trouver une erreur dans la biographie (le motif de la rencontre de Pasolini avec l’acteur espagnol qui joue Jésus dans Selon Mathieu n’est pas le bon. De Ceccaty reprend au premier degré le prétexte que l’étudiant espagnol a donné aux autorités franquistes. En réalité il n’était pas en voyage d’études mais en tournée de financement de son syndicat étudiant antifasciste). .

 

Je ne savais pas en particulier l’importance que Pasolini avait eu pour Fellini. Sans Pier Paolo, « la dolce vita » aurait peut-être échoué. Il lui a dénoué le scénario. En lisant cela, je me suis souvenu d’avoir vu « la dolce vita » et d’avoir véritablement découvert Pasolini plus tard. Or, à la lecture des essais de Pasolini on songe inévitablement à l’ennui de la dolce vita, à ses scènes tournées dans des no man’s land. J’avais immédiatement opéré le lien. Mais ce n’est que dans la biographie de René de Ceccaty que j’ai appris qu’il n’était pas hasardeux. Fellini et Pasolini dialogueront durablement à travers leurs oeuvres.

 

Je ne savais pas non plus le rôle de scénariste important qu’il avait eu avant de se lancer dans ses propres films. Je n’avais pas non plus conscience de sa précoce célébrité de poète reconnu, avant que le milieu du cinéma le célèbre largement de son vivant par de très nombreux prix.

 

Pasolini au moins n’a pas eu à souffrir de l’absence de reconnaissance, s’il a eu à pâtir de la haine, de la violence directe, des tracas judiciaires, personnage « clivant » par excellence comme disent les consultants en communication qui éditorialisent dans le Huffington post.

 

Il n’a jamais manqué d’amis ni d’ennemis, ou peu de temps, quand il a du s’exiler de son Frioul adoré pour Rome.

 

Je ne vais pas raconter ici la vie de Pasolini, son mode de vie si particulier, ses liens qui l’étaient tout aussi (l’amitié fusionnelle courte avec Callas, la relation particulière à certaines femmes, l’amant durable, les relations semi tarifées avec les petites frappes, le réseau d’amitiés artistique et intellectuel).

 

La biographie dont il s’agit ici a cette fonction, elle s’y astreint efficacement selon un schéma chronologique. C’est une bonne introduction à la complexité du personnage et à sa richesse, à sa singularité surtout. Il a été tellement prolixe que l’on peut consacrer des décennies à explorer ses oeuvres les plus diverses (il a été peintre, jeune, aussi, ce que je ne savais pas) et pour ma part je n’ai encore fait qu’entamer le chemin.

 

Il ne ressemble pas à grand monde.

On voit certes souvent des intellectuels tenter de concilier un certain avant gardisme et une posture réactionnaire. Mais jamais ils ne parviennent à le réaliser de manière intégrée, radicale, sincère, et poignante, comme Pasolini. Personne n’a triché moins que lui.

 

Un aspect de Pasolini, très contemporain, qui occupe bien des débats aujourd’hui, est le débat qu’il ouvre sur le progrès, dont le rouleau compresseur lui apparaît comme un fascisme de type nouveau, plus terrible que le fascisme politique.

 

Il est tout sauf « progressiste », mais il est marxiste. Il rappelle que le rapport du socialisme à la modernité est tout sauf évident. Il y a dans le socialisme un historicisme , indéniablement. L’idée que le temps va faire son affaire au malheur du monde. Mais le socialisme est aussi une critique totale de la modernité, dont un aspect est de tout soumettre au marché, de dissocier le « social » de l’économique. Ces deux éléments – historicisme et haine du développement capitaliste- cohabitent et créent des contradictions parfois illisibles voire insolubles. A vrai dire ces contradictions ont été au coeur des schismes socialistes les plus spectaculaires, comme la rupture entre bolcheviks et mencheviks.

 

Actuellement les intellectuels et politiques débattent de la possible séparation du mouvement de contestation de l’ordre établi et de « la gauche ». Pour certains (paradoxalement ils se disent très éloignés de Marx alors qu’ils reproduisent les erreurs des marxistes les plus dogmatiques et simplistes), la gauche se résume au « progrès », même. A avancer, à réformer. La gauche ce serait simplement le mouvement. Certes, ce sont des slogans vides. Mais ils prennent appui sur des intuitions puisqu’ils résonnent dans les esprits.

 

Pour d’autres, le progrès est devenu une idée diabolique. Un auteur comme Jean-Claude Michéa par exemple explique que « la gauche » et les aspirations populaires n’ont été convergentes que temporairement et que le socialisme meurt de cette alliance avec les progressistes. Il rappelle que Marx ne s’est jamais dit « de gauche » (en réalité il l’a fait, mais justement quand il était hegelien, pas encore un penseur indépendant).

 

Quoi qu’il en soit, par sa richesse en ce domaine, développée sous toutes les formes, de l’article de presse au film exigeant, l’oeuvre de Pasolini parait aujourd’hui indispensable si l’on veut déconstruire cette idée en crise du « progrès ». Il nous en avait averti il y a longtemps, de cette crise là.

 

On ne peut qu’encourager à découvrir cet homme de paradoxes, ou plus positivement, de dialectiques. Un homme italien, qui ne peut absolument pas se comprendre en dehors du contexte italien, et qui pourtant s’empare des questions les plus prégnantes de la condition de l’homme moderne, à travers sa relecture cinématographique de Médée par exemple, réflexion très utile encore aujourd’hui, sur le heurt entre le « tiers monde » et l’occident, ou sa critique de la société de consommation.  La biographie de René de Ceccaty est un rivage comme un autre vers lui.

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I drove all night, with Bruce –  » Born to run » – Mémoires de Bruce Springsteen

imageBruce Springsteen aime l’ampleur . Les grands stades emplis de fans en folie pour  des concerts de trois heures, l’océan et le surf, les virées en moto en Californie, les tournées homériques, les traversées d’ouest en Est des Etats-Unis d’un seul tenant en se relayant au volant, les ranchs. Il vit appelé par  les grands espaces, comme seul un américain semble pouvoir  l’être. Le petit taureau fougueux du New Jersey ne déroge pas avec ses mémoires formidables de six cents pages écrites sur  dix ans. De sa main, indéniablement. Une main de song writer éprouvé , douée et hétérodoxe comme celle d’un autodidacte, généreuse, sincère, pleine de capacité d’auto dérision, et  riche… de plusieurs décennies, oui, de psychanalyse. Il y a des livres qui annoncent des analyses ou en tiennent un peu lieu, et il y a les livres post analyse. On est dans cette catégorie. Quelle intelligence, et quel immense effort de lucidité. Quelle modestie sans faux semblant. Au passage, il est rare de lire un témoignage aussi beau sur  un parcours d’analysé.

 « Born to  run » est un livre qui a du coffre, comme son auteur. Un gigantesque ampli de la vie tambour  battant du BOSS. Une écriture trempée dans les  références catholiques de son enfance,  une culture dont il ne s’est jamais délesté – tendance passage de l’apocalypse-, qui puise aussi dans le lexique de la libido – ça le chatouille, il ne s’en cache pas – et dans une sorte de panthéisme très américain à la Walt Whitman. Avec une façon de s’adresser  très directement à ses lecteurs, à ses fans, comme s’il conversait avec eux dans un bar . Difficile de trouver un type plus attachant. On devient tous « potes » – mot qu’il affectionne – avec BS après l’avoir  lu. Et je suis certain qu’il serai heureux de l’apprendre lui qui vit encore tout près de ses quartiers de jeunesse, dans son New Jersey prolo natal.

Comme souvent dans les mémoires, l’enfance est la partie la plus touchante et la plus  réussie, ce qui n’est pas le cas dans les biographies. Ca fuse comme dans un Scorcese ! Une enfance dans la classe ouvrière italo irlandaise du New Jersey; juste au dessus du seuil de pauvreté. Bruce en gardera une conscience de classe qui ne fera que s’affiner  et  sera la grande préoccupation de sa vie artistique, aussi bien dans son oeuvre que dans son comportement ou ses engagements personnels. Plus tard il lira « Histoire populaire des Etats-Unis« , il trouvera sa place dans une lignée de chanteurs de la cause du peuple, avec en particulier  la référence à Woody Guthrie, et se dotera d’une conscience politique aiguisée.

Son héritage ce sera aussi une certaine fragilité mentale, de famille, sans doute avivée par  un  rapport compliqué à un père en souffrance psychique. J’ai découvert ce côté dépressif sérieux du chanteur  que je ne connaissais pas du tout. Qu’il a pu stabiliser  et dont il parle avec une grande sincérité, mais aussi de la pudeur . Les super  héros aussi font des crises d’angoisse. Qu’ils le partagent avec nous ne peut que nous consoler.

La vie du BOSS c’est le rock et elle se superpose à l’Histoire du rock presque parfaitement. Elle change quand un jour ce type, Elvis, passe à la télé avec son déhanché obscène, tandis que Bruce est pré ado. Plus  rien ne sera comme avant. Un tsunami culturel dévaste les Etats-Unis puis le monde. Et Springsteen est toujours sur  la vague. Il saisit de suite qu’Elvis est l’écho de la musique noire et de Chuck Berry, et jamais, comme ses modèles les Stones, il ne séparera le  rock d’un certain esprit soul. Le duo formidable qu’il symbolisera avec le « big man », Clarence, Saxo du E Street Band, en sera la manifestation vivante durant des décennies.

C’est de toute une vie que nous cause le BOSS et ça part dans toutes les directions. On cause par  exemple de la manière dont il a évité de sombrer dans l’alcool et les addictions, et pourquoi – le contre modèle du père-, et une conscience de la nécessité de laisser une oeuvre. Au passage on a droit à de belles phrases, comme :

« le tout est possible c’est du vide-en-smoking ».

Mais on en apprend aussi énormément sur  la production d’un disque, l’écriture d’une chanson, l’adaptation à la popularité, ou sur  les dynamiques au sein d’un groupe de musiciens. D’ailleurs, Bruce, le type de gauche affirmé, assume parfaitement ne pas appliquer  la démocratie dans l’art. Il est Bruce Springsteen, il écrit ses chansons. Il est entouré d’un groupe, la plupart du temps le E Street Band. Il travaille avec eux de manière ouverte, mais il garde la main. Il a décidé cela un jour  et n’ a plus dérogé. Ca a globalement fonctionné.

Un livre  riche comme un set de  rock’n  roll d’un groupe mythique. Le plus marquant c’est cela : le rock et puis c’est tout les gars. La montée vers la gloire mondiale, qui pointe dès le milieu des seventies et explose avec « born in the USA » sera lente, progressive, empruntera la voie bien connue des premiers groupes où l’on tâtonne, l’on se forme; et parfois on trébuche, il y a des années noires aussi. Mais à aucun moment il n’a semblé douter  une seconde de sa vocation. A compter  du moment où le gamin un peu rêveur, narcissisé par  l’amour  enveloppant de sa mamie,  a attrapé une guitare, c’était terminé. Ca devenait le sens de sa vie, le seul possible, celui aussi qui lui a longtemps permis de fuir  – »  run »- ses démons et sa trouille de devenir  adulte et papa.

Le   rock c’est sa passion totale. Il s’y est totalement immergé, apprenant son métier peu à peu,  et conquérant son public sur les planches. Springsteen est un fondu de musique. Il écoute tout le temps de la musique, il connaît tous les petits groupes du monde, peut dire qui est le bassiste. Il s’est  ruiné plusieurs  fois en passant son temps à   remixer  un album, à le rejouer , pour atteindre le son qu’il voulait. Chaque album a été le fruit d’une longue maturation artistique, consciente, profonde. Le  rock est une affaire sérieuse, sacrée. C’est aussi pour  Bruce le moyen d’un lien profond avec les êtres. Il définit même un groupe de rock comme la démonstration que le tout est plus que la somme des parties. « 1 + 1 = 3″.

Ce qui vibre, c’est une onde puissante, et dont on ne peut plus se passer quand on y a goûté, avec les musicos, le public. Sa seconde femme sera sa comparse de scène Patti Scalfia. Le livre s’appesantit énormément sur  les péripéties humaines de la carrière, les séparations, les compromis à trouver , les  retrouvailles et brouilles, autour  de la musique. Tout cela a profondément marqué le chanteur  qui parfois nous entraîne très loin dans les détails, comme si on était de son entourage et qu’il se justifiait auprès de nous de ses choix qui l’ont beaucoup culpabilisé !  Il semble ne jamais vraiment avoir réussi à surmonter  les contradictions entre les exigences de l’amitié, de la loyauté, et les bifurcations que  réclame l’instinct artistique. Il a fait avec, aussi bien que possible. En limitant les dégâts et en gardant le cap de sa passion justifiante en ce monde.

Il y aurait tant à dire, mais avant tout on découvrira un gars venu d’un trou industrieux, qui a réalisé ses rêves et a voulu les conjuguer avec des convictions trempées dans l’idée d’une certaine amérique laborieuse toujours vivante. Celle de l’aile marchante du New Deal autrefois, qui se lève aussi avec Bernie Sanders. Une amérique du travail, qui aime son pays parce qu’elle le bâtit d’abord, et s’y bat difficilement pour s’en sortir. Une amérique solidaire, qui refuse le piège du conflit « racial » ou « sociétal » – n’oublions pas l’engagement de Springsteen avec « Streets of philadephia« , car elle sait qu’il sert à repousser toujours la question sociale ardente. La soeur de Bruce a été simple employée à K Mart, caissière. Avec son mari, elle est l’héroïne anonyme de la chanson « The river« , exemple magnifique de cette capacité de Springsteen, qu’il dit dans le livre rechercher précisément, à pointer l’émotion que suscite le carrefour de l’intime et du fleuve de l’Histoire. Le BOSS est un chanteur engagé, oui. Mais c’est d’abord sa puissance artistique hors norme qui permet aux mots de résonner dans les centaines de milliers d’âmes qui l’ont écouté. On Fire.

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Le génie au dessus de la poisse identitaire –  » Le pays qu’habitait Albert Einstein » – Etienne Klein

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Je  referme « le pays qu’habitait Albert Einstein », d’Etienne Klein, une personnalité que j’apprécie beaucoup, m’apprête à en faire l’éloge, et je tombe avec amertume sur la polémique ouverte par l' »Express« , qui révèle que l’essai est truffé de plagiats divers.

Etienne Klein répond et ne nie pas,ce qui est honorable, mais il plaide la maladresse et la précipitation, ses prises de notes emmêlant les citations et les compte-rendus de lectures et réflexions propres. Néanmoins, devant les exemples multiples,concernant d’ailleurs d’autres textes, et parfois flagrants, et au regard de sa culture scientifique et universitaire, il n’est pas très convaincant. Le plagiat semble parfois nécessairement conscient. Je suis donc déçu, privé partiellement de ma joie de lecteur. Je me sens floué. Etienne Klein n’est pas un charlatan, je le sais, il suffit de voir une de ses conférences et la manière dont il répond aux questions et parle sans notes. Mais je ne sais dans quelle impasse il s’est fourvoyé. Un automatisme de publication l’a mené à ces aberrations. Une sorte de bureaucratisation créative. C’est regrettable, d’autant plus que l’édition lui sera sans doute fermée pendant un moment. Du gâchis. Car c’est un passeur talentueux, un esprit polyvalent admirable, et un homme aux convictions trempées dans le meilleur de la tradition des Lumières.

Donc je parle de cet essai ici avec un manque de motivation, à vrai dire, et j’écris avec une plume trempée dans l’encre de l’amertume; car malgré le plaisir que sa lecture m’a procuré il ne mérite pas d’être défendu. Découvrir ou approfondir Einstein passera peut-être pour vous par les livres cités dans une bibliographie en fin de livre. Ce qui est d’ailleurs un étrange choix d’édition pour un plagiaire.

Etienne Klein, armé donc de ses emprunts, y retrace le parcours intellectuel de son admiration de toujours. En matérialiste, Klein part du corps pour comprendre son objet d’étude. Il voyage dans les lieux qu’a habités le découvreur de la relativité en Suisse, souvent en vélo, et ce n’est pas plat pays, ou en Allemagne, Belgique – en nous expliquant d’ailleurs en quoi la relativité est mal comprise, du fait de ce mauvais intitulé, presque contraire à la théorie-. Le livre, mi essai, mi réflexion d’un voyageur et d’un admirateur, est une excellente présentation pédagogique des découvertes d’Einstein, dont certaines viennent tout juste d’être validées empiriquement, notamment l’existence d’ondes gravitationnelles.

Ce n’est pas une biographie, ni un essai scientifique, même si la science y a sa place, mais une réflexion sur la manière de penser d’Albert Einstein, dont l’auteur concède qu’elle a, justement parce qu’on parle de génie, une dimension, quoi qu’il en soit, sidérante et impalpable. Contrairement à ce qu’on peut penser de loin, Einstein partait de questions très pratiques, presque enfantines. Mais il se les posait avec acharnement avec tous les outils disponibles à un adulte. Klein montre bien la dynamique de l’oeuvre scientifique, les sources qui ont mijoté dans l’esprit du découvreur. Il tente d’approcher au mieux la méthode de pensée de son modèle. Et il y parvient, nous livrant le portrait d’un homme attachant, génial, loufoque, sans cacher ses nuances aussi.

On ne sait pas les recettes du génie. Mais on peut en observer certaines caractéristiques. Le génie est toujours un peu à côté, occupé à sa vie intérieure, distrait et maladroit. Mais il n’est pas seul. Sans l’amitié, le génie ne peut pas s’exprimer. Comme un boxeur a besoin de bons camarades d’entrainement.

Autre trait du génie : une profonde conscience historique, Einstein connaissant parfaitement ses prédécesseurs, et Klein imagine un beau dialogue avec Galilée. Pour le génie l’Histoire n’a pas ce caractère irréel qu’elle peut revêtir parfois, c’est une aventure qu’il veut continuer, un chemin qu’il arpente. Klein ne développe pas cette particularité mais elle m’a sauté aux yeux.

Le génie lie et relie. Sans la lecture de Kant, Einstein n’aurait peut-être pas développé ses intuitions. Einstein a eu besoin d’allumettes philosophiques pour révolutionner la physique. Mais il a aussi eu recours à une multiplicité de sources scientifiques. Il n’était pas le meilleur mathématicien de son temps, mais il était capable de se servir des travaux des meilleurs. Le génie tient du chef d’orchestre. Et Einstein adorait la musique d’ailleurs, le violon qu’il pratiquait dans une formation.

Enfin, il y a l’éducation. En partant en Italie, puis en Suisse, Einstein, qui avait souffert de la stricte éducation allemande, n’aurait peut-être pas pu s’épanouir intellectuellement. La rencontre avec des pédagogues intelligents et soucieux d’éveiller la liberté de leur élèves est déterminante. En tout cas elle le fut pour lui.

Le génie est exposé à la difficulté d’intégration, par nature. Il excède le présent. Il le dépasse. Il n’y entre donc pas. Einstein, alors qu’il avait déjà publié une partie de ses articles révolutionnaires, était occupé à tester des épluche légumes dans un institut de brevetabilité… Le système institutionnel finira par s’adapter à Einstein et lui offrir une place, mais cela ne se fera pas sans difficulté. Et avec un peu de chance, notamment parce que certains grands collègues auront de la grandeur à admettre ses percées.

Le génie a un coût.

C’est un texte politique qui tombe à point dans la mesure où il s’agit d’évoquer un pays comme le dit le titre. Le pays d’un apatride de circonstances et en tout cas d’esprit. Un pays qui s’appelle l’universelle raison, si l’on veut. Un pays bien particulier. Intempestif. Un pays menacé.

Einstein c’est l’antipode de la vague identitaire qui nous mord la nuque. Un homme qui n’a jamais habité que le pays des idées, de la spéculation intellectuelle, de la recherche, et du partage.

Einstein haïssait le nationalisme, et les nationalistes le lui rendaient bien. Il trouva justement dans la science trouvait la possibilité d’un langage objectivé permettant de briser les frontières, de discuter, sans la barrière des langages, grâce aux mathématiques en particulier, avec les grands scientifiques du passé et du présent. L’époque d’Einstein est révolutionnaire comme peu l’ont été sur le plan de la recherche fondamentale. Einstein a renoncé deux fois à la nationalité allemande.

Il était tourné vers la création, et jamais vers le passé comme identité ou assignation. En défendant sa figure on montre qu’un autre chemin vers la grandeur est possible que celui des mythes fondateurs hystérisés qui semblent conduire ce monde à l’affrontement général.